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puce.gif (190 octets) Numéro 16 :
La justice en Algérie : 1830-1962
Paris : La Documentation française, collection Histoire de la justice, n°16, 2005, 366 p., 26
€. ISBN : 2-11-005693-2

En vente en librairie et sur le site de
La Documentation française

la justice en algérie


puce.gif (190 octets) Présentation

Le passé colonial de notre pays est le plus souvent occulté par les débats idéologiques. Il a trop rarement été l'occasion d'une réflexion approfondie à partir des archives et des témoignages. Tel est l'objectif de ce recueil : témoigner de la volonté d'ouvrir les archives dans le souci de mettre à jour la mémoire de la présence française en Algérie.

Les différentes contributions nous permettent de mesurer les métamorphoses de la justice et de ses acteurs entre 1830 et 1962. On y retrouve la dualité des juridictions et sa traduction dans une organisation judiciaire de plus en plus calquée sur celle de la France avec, parallèlement, la réduction progressive de la justice musulmane. Historiens et professionnels ‑ mais aussi témoins directs tissent la trame de ce long parcours du monde judiciaire.

Cette publication est née d'une initiative du service des archives du ministère de la justice, du GIP Mission de recherche « Droit et justice », de l'Association française pour l'histoire de la justice (AFHJ), du service d'information et de communication du ministère (SICOM), de l'École nationale de la magistrature (ENM) et, enfin, de la section droit et science politique de la BNF.
 

Avec les contributions de :

Raberh Achi, Françoise Banat‑Berger, Laure Blévis, Raphaëlle Branche, Annie Deperchin, Bernard Durand, Martine Fabre, Jacques Frémeaux, Stéphane Gacon, Liora Israël, Jean‑Paul jean, Arnaud Lecompte, Farid Lekéal, Tramor Quemeneur Doinitille Renard, Michel Renard, Jean‑Pierre Rayer, Diane Sambron, Sylvie Thenault, Patrick Weil.

 

(Texte de la quatrième de couverture)


puce.gif (190 octets) Sommaire

Introduction
Françoise BANAT-BERGER

Partie I : Systèmes judiciaires et situation coloniale

Justice et pacification : de la régence d'Alger à l'Algérie : 1830-1839
Farid LEKEAL

Justice civile, justice pénale et pouvoirs répressifs en territoire militaire (1830-1870)
Jacques FREMEAUX

Originalité et exemplarité de la justice en Algérie
(de la conquête à la Seconde Guerre mondiale)
Bernard DURAND

Le rôle de la Cour de cassation dans l'élaboration du droit colonial
Martine FABRE

 

Partie II : Le droit en application dans le système colonial

Le statut des musulmans en Algérie coloniale.
Une nationalité française dénaturée
Patrick WEIL

Une citoyenneté française contestée. Réflexion à partir
d'un incident antisémite en 1938

Laure BLEVIS

L'évolution du statut juridique de la femme musulmane
à l'époque coloniale

Diane SAMBRON

Expériences musulmanes du droit et de la justice
dans le champ religieux en Algérie coloniale

Michel RENARD

La laïcité à l'épreuve de la situation coloniale. Usages politiques croisés du principe de séparation des Eglises et de l'Etat en Algérie coloniale. Le cas de l'islam (1907-1954)
Raberh ACHI

 

Partie III : La justice à l'épreuve des guerres

L'épuration des avocats en Algérie, 1943-1944
Liora ISRAEL

Les "soldats du refus". La détention, la campagne de soutien
et la répression des soldats communistes refusant de participer à la guerre d'Algérie

Tramor QUEMENEUR

Les rapports entre la chancellerie et les parquets
pendant la guerre d'Algérie

Jean-Paul JEAN

L'archive et la mémoire
Jean-Pierre ROYER et Domitille RENARD

 

Partie IV : Une justice de guerre

La seconde commission de sauvegarde des droits et libertés individuels
Raphaëlle BRANCHE

La justice au secours de l'Etat : le cas particulier du tribunal de l'ordre public
Sylvie THENAULT

Les crimes commis par les Algériens en métropole devant la cour d'assises du Nord (1954-1962)
Annie DEPERCHIN et Arnaud LECOMPTE

Les amnisties de la guerre d'Algérie (1962-1982)
Stéphane GACON

 

Partie V : Témoignages

Témoignage de Jean Touzet

Témoignage de Louis Grange

 

Etudes et documents

La justice en Algérie : repères historiques

Les archives judiciares relatives à la présence française en Algérie, 1840-1983
Françoise BANAT-BERGER

 

puce.gif (190 octets) Résumé/Abstract

 

Justice et pacification : de la Régence d’Alger à l’Algérie, 1830-1839

Justice and pacification : from Algiers Regency to Algeria 1830-1839

Farid Lekéal

 La première décennie d’occupation de l’ancienne Régence d’Alger témoigne des difficultés rencontrées par les autorités françaises dans l’organisation du nouveau système judiciaire. Les multiples aménagements de l’appareil judiciaire rendent compte des hésitations politiques touchant à l’avenir du territoire. L’historiographie judiciaire relative à l’Algérie française en restitue la chronologie et fait apparaître une première période d’incertitude, de confusion ou de tâtonnement, entre 1830 et 1834 : la France alors fait l’expérience d’une situation à laquelle les précédents coloniaux ne l’avaient pas nécessairement préparée. En revanche, l’ordonnance du 10 août 1834 est couramment interprétée comme l’amorce d’une nouvelle phase conduisant à une première tentative d’introduction des principes élémentaires de l’organisation judiciaire française. Cette entreprise est complétée à l’aube de la seconde décennie de la présence française.

 Les nombreux aménagements de l’appareil judiciaire font ainsi contraste avec la remarquable continuité du discours touchant à la vocation du système judiciaire. En effet, en de nombreuses circonstances, les autorités françaises s’attachent à définir avec précision les principes de justice qu’elles entendent incarner. La mise en œuvre de ces principes atteste un souci légaliste des autorités françaises dont les effets sont néanmoins largement tempérés par la polysémie attachée à la définition de la légalité en territoire algérien.


The first decade of the French occupation in old Algiers Regency testifies to the difficulties encountered by the French authorities in organizing the new legal system. The various evolutions of the legal system evince the political hesitations regarding the future of the colony. Legal historiography relating to French Algeria restores the chronology thus revealing an initial period of uncertainty, confusion or waverings, between 1830 and 1834: France then experienced a situation for which it was not prepared by colonial precedents. On the other hand, the ordinance of 10 August 1834 is usually interpreted as the beginning of a new phase leading to a fist attempt at introducing elementary principles of the French legal organization. This attempt is supplemented at the dawn of the second decade of the French presence.

Numerous changes in the judicial system thus contrast with the remarkable continuity of the speech about the role of the judiciary. Indeed, in numerous circumstances, the French authorities endeavour to define with precision the principles of justice that they intend to embody. The implementation of these principles testifies a legalist concern of the French authorities whose effects nevertheless are largely moderated by the polysemia attached to the definition of “legality” in Algerian territory.

 

 

Justice civile, justice pénale et pouvoirs répressifs en territoire militaire, 1830-1870

Civil justice, criminal justice and repressive powers in military territory, 1830-1870

Jacques Frémaux

 Pour les officiers des bureaux arabes, investis lors de la conquête de l’Algérie de l’administration des tribus, la justice est inséparable de l’ordre, et l’efficacité passe avant tout. Ils s’emploient d’abord à mettre sur pied, avec la collaboration des chefs locaux, une justice répressive dont l’exercice appartient exclusivement aux chefs de l’armée et à leur représentants, et qui a pour but de punir les atteintes au pouvoir colonial. Ils s’efforcent aussi de régularisé et de moraliser de leur point de vue les pratiques des juridictions coraniques qui continuent à enregistrer les actes privés et à régler les différences entre particuliers. Ils sont, ce faisant, à la fois les héritiers des anciens maîtres de l’Algérie et les annonciateurs d’un système nouveau, dans la synthèse qu’on peut dire de despotisme éclairé. Les limites à ce pouvoir consistent moins, en effet dans les garde-fous réglementaires, qui paraissent bien frêles, que dans le sens des responsabilités de ceux qui le détiennent.

 

For the officers of the Arab Offices, in charge at the time of the conquest of Algeria with the administration of local tribes, justice is inseparable from the public order, and effectiveness is paramount. They first attempt to set up, with the local heads’collaboration, criminal justice the exercise of which belongs exclusively to the heads of the army and their representatives, and which is intended to punish the trespassing on colonial power. They also endeavour to monitor and moralise, from their point of view, the practices of Koranic jurisdiction which continue to record private acts and to settle the disagreements between private individuals. By so doing, they are, at the same time the heirs to the former master of Algeria and the promoters of a new system, one can possibly call enlightened despotism. The limits to this power consist less, indeed in the regulatory parapets, which appear quite frail, than in the sense of responsibilities for those who hold it.

 


Originalité et exemplarité de la justice en Algérie (de la conquête à la deuxième guerre mondiale)

Originality and exemplarity of justice in Algeria (from the conquest to the Second World War)

Bernard Durand

 Confronté au modèle métropolitain, l’Algérie a été tout à la fois symbole d’assimilation proclamé et réalité de cantonnement des populations indigènes, lieu d’opposition entre une apparence législative d’Algérie française et une réalité juridique d’indigénat algérien. En mesurer la place impose de réfléchir sur son caractère « inclassable parmi les autres colonies ».

 La tendance à traiter l’Algérie comme une partie de la métropole – et donc à l’imiter – est devenue sensible à compter de la Deuxième République, c’est à dire à une époque comprise entre deux périodes fortement dessinées. La première est dominée par la présence militaire, la seconde par le constat d’un retour à une politique indigène qui prend acte du maintien d’une séparation. L’évidence des premières années s’impose, marquées par l’improvisation et la confusion, en raison, bien sûr, d’une justice « à l’essai » construite au jour le jour et, en conséquence, à la fois incomplète et originale mais également en raison, comme dans toutes les colonies, des tiraillements entre les choix militaires et les choix civils. Une Deuxième République marquée aussi par cette volonté d’aller vers l’assimilation, mais avec, tout de suite, l’ambigüité que celle-ci recouvre, et particulièrement en matière de droit de la justice, cette progression d’un délitement de la pensée assimilationniste.

 On peut considérer que l’antériorité algérienne justifie, au mois, que l’on s’interroge sur l’inspiration qu’elle a pu générer : à la différence des vieilles colonies, les impératifs dus au peuplement indigène et l’étendue des territoires conquis imposaient-ils la rupture avec les recettes coloniales anciennes et annonçaient-ils les choix qui seraient faits par la Troisième République ? C’est ainsi que le « passé » est invité, soit pour en reconnaître les possibles leçons, soit pour les refuser, sans compter, en pratique, les « nombreux emprunts » possibles dans le domaine judiciaire dans nos autres « colonies », y compris dans le souhait de la méthode.

 

Confronted with the metropolitan model, Algeria was at the same time the symbol of assimilation and in real life it embodies a system of segregation for local indigenous people, a place of opposition between legislative appearance of French Algeria and the true legal status of Algerian population. Assessing the importance of this factor forces one to reflect on its specific character among other colonies.

The tendency to treat Algeria as part of the home land – and therefore to imitate it – became sensitive from the second Republic onwards, a time ranging between two distinct periods. The first is dominated by the military presence, the second by the adoption of a domestic policy based on separation. The first years are characterized by the improvisation of a justice system in the making and, accordingly, at same time incomplete and original but also because, as in all colonies, of conflicts between the military and the civil options. The second Republic was also marked by the wish to promote assimilation, together with the ambiguity in particular as regards legislation and justice, of the “assimilationist” views.

One may consider that the Algerian precedence justifies, at least, that researchers probe into the inspiration it could generate : one may wonder if contrary to old colonies, the imperatives due to domestic settlement and the extent of the conquered territories imposed to break with the old colonial ways and announced the choices which would be made under the Third Republic? Thus the “past” is convened, either to draw its lessons, or to reject them, without counting in practise, the “numerous loans” in the legal field in our “other colonies”, including method.

 


Le rôle de la Cour de cassation dans l’élaboration d’un droit colonial

The role of the supreme court of appeal in the development of colonial legislation

Martine Fabre

 Pendant les premières années de la conquête, la justice est affaire de militaires, mais dès qu’une certaine « pacification » est établie, un système judiciaire, clone imparfait des institutions métropolitaines, se met en place. Il perdurera jusqu’à l’indépendance. La Cour de cassation va alors exercer sa mission de dire le droit et la poursuivre jusqu’au bout et même au-delà puisque, bien après l’indépendance, elle résoudra des problèmes juridiques nés en Algérie. L’option a été prise d’apprécier la position de la haute juridiction à travers quelques thèmes forts et représentatifs à partir d’un échantillon de 500 décisions publiées au recueil Sirey. Pour la période suivant la conquête et jusqu’à la fin du XXe siècle, une des questions juridiques essentielles a été celle de la propriété immobilière ou devrait-on dire de l’appropriation des terres par les colons de manière sûre. L’Algérie est peuplée d’Arabes, de Kabyles, d’Israélites, d’Européens et de colons français, la liste n’est pas exhaustive. Il paraît donc inévitable que la haute juridiction ait eu à gérer ces différences en prenant en compte la spécificité de chacun, cette approche toute à fait originale fait l’objet du deuxième point de cette analyse. Enfin, le dernier volet de cette étude est consacré au rôle de la Cour de cassation pendant de que l’on a pudiquement appelé les événements d’Algérie, rôle qui s’est poursuivi bien après l’indépendance.

 

During the first years after the conquest of Algeria, justice was handled by the military, but as soon as some kind of “pacification” was settled, a legal system, an imperfect clone of home land institutions, was implemented. This will last until independence. The Supreme court of appeal will then exert its mission saying the right well after independence, since it will solve legal problems born in Algeria.

The option was taken to assess the position of the high jurisdiction through some strong and representative topics from a sample of 500 decisions published in the Sirey Collection.

For the period following the conquest and until the end of the 19th century, one of the essential legal questions was that of real estate or should we rather say, of the permanent appropriation of land by the colonists.

Algeria is populated of Arabs, Kabyles, Jews, Europeans and of French Colonists, the list is not exhaustive. It appears before inevitable that the high jurisdiction had to manage these differences by taking the specific character of each group into account, this very original approach is the subject of the second point of analysis.
To conclude, the last stage of this study is devoted to the role of the Supreme court of appeal during what was called the events in Algeria, a role which continued well after independence.

 


Le statut des musulmans en Algérie coloniale, une nationalité française dénaturée

The Muslim population’s status in colonial Algeria: a distorted citizenship

Patrick Weil

 En 1803, le Code civil introduit une liaison entre nationalité et droits civils : le Français est celui qui jouit des droits civils. Lorsque en 1834, l’Algérie est officiellement annexée à la France, cette liaison est interrompue. Les indigènes musulmans ou juifs sont français. Mais il ne jouissent ni des droits civils, ni de droits politiques : ils ont une nationalité de sujet, par défaut, fondée non pas sur l’attribution de droits mais sur le fait d’être placés sous la souveraineté direct de la France. Les juifs d’Algérie sont fait pleinement français par le décret Crémieux du 24 octobre 1870, les enfants de colons étrangers par la loi de 1889. Restent à l’écart les musulmans d’Algérie : formellement ils sont français, mais c’est une nationalité dénaturée : l’indigène musulman est soumis au « Code de l’indigénat », au régime pénal et de police, aux tribunaux répressifs indigènes. Entre 1885 et 1962, seuls un peu moins de 7000 musulmans deviennent pleinement français. Ce faible nombre ne s’explique que par le contrôle très strict des autorités administratives soucieuses d’éviter que dans le plus petit village les musulmans pleinement représentent une majorité de citoyens. Cette assignation à l’origine ethnico-religieuse ne prendra fin qu’en 1962 avec l’indépendance de l’Algérie.

 

In 1803, the Civil Code linked citizenship with civil rights: Being French meant being able to enjoy civil rights. However, when Algeria officially became part of France in 1834, this correlation between the concepts of nationality and civil rights was broken. Muslim and Jewish Algerian natives were given French nationality but were not allowed to enjoy civil or political rights. They became “subjects”: their French nationality id not derive from the enjoyment of rights but resulted from their living in Algeria which was at the time subordinated to French sovereignty. Under the Cremieux Decree of 24 October 1870, the Jewish population living in Algeria became French and the children of French colons became foreign under a law adopted in 1889. The Muslim population of Algeria was left to form a separate category. Despite being officially French, their nationality was distorted: Muslim natives were indeed subject to the “Code for the Indigenous population”, the criminal legal system and repressive tribunals controlled by the Indigenous. Between 1865 and 1962, the administrative authorities gave French nationality to less than 7000 Muslims in order to avoid Muslim dominance in small villages. It was the Algerian independence in 1962 which ended this reference to ethnic and religious backgrounds.

 

 

Une citoyenneté française contestée. Réflexion à partir d’un incident antisémite en 1938

A contested French citizenship. Thoughts arising from an anti-Semitic incident in 1938

Laurent Blévis

 Cet article souhaite relire et questionner un incident antisémite de la fin des années 1930, à savoir celui de la radiations des électeurs juifs des listes électorales de Sidi-Bel-Abbès dans le département d’Oran, épisode assez caractéristique de la renaissance des mouvements antijuifs algériens qui précédèrent la Seconde Guerre Mondiale.

 Or l’épisode antisémite de 1938, certes mineur au regard de la période vichyste, met en lumière, à travers la focale sur les pratiques électorales ou la définition de l’indigénat, les mécanismes d’exclusion propre au droit colonial, tout en soulignant aussi l’autonomie des administrations et municipalités locales vis-à-vis de l’administration centrale, c’est-à-dire du gouvernement général de l’Algérie.

 

This article will attempt to outline and questions an anti-Semitic incident, which happened at the end of the nineteen thirties. During this period, Jewish voters were struck off from electoral rolls of the town of Sidi-Bel-Abbes located in the region of Oran. This incident provided only one example between many others of the rebirth of Algerian anti-Jewish movements prior to the Second World War.

It is true that this anti-Semitic stance of 1938 is relatively minor in comparison to the treatment of the Jews during the Vichy period. However, through its focus on electoral practices and the definition of the Indigenous population, it highlights the exclusion mechanisms inherent in every colonial system. It also emphasises the relative autonomy of local administrations and local authorities from the central administration i.e. the Algerian government.

 

 

L’évolution du statut juridique de la femme musulmane à l’époque coloniale

The evolution of the legal status of Muslim women during the Colonial period

Diane Sambron

 A l’époque coloniale, le statut personnel de la femme musulmane est modifié dans le sens de son émancipation. Largement codifié par le droit musulman traditionnel et les coutumes locales ancestrales, ce statut est progressivement libéralisé par l’interprétation et l’application d’un droit musulman « positif ». Le statut personnel musulman et le statut de droit commun tel qu’il résulte du Code civil français sont en partie rapprochés. Ainsi, dès le début du siècle, la législation et la jurisprudence octroient de nouveaux droits à la femme kabyle, notamment en matière d’héritage et de divorce. Dans le contexte de la guerre d’Algérie, la loi de tutelle du 11 juillet 1957 et l’ordonnance du 4 février 1959 sont adoptées. Elles suppriment la contrainte matrimoniale, le mariage des filles impubères, instituent l’égalité homme-femme dans le divorce et permettent à la femme d’exercer la tutelle sur ses enfants.

 Perçues comme un vecteur de l’intégration de la société musulmane à la société française, l’évolution du statut de la femme, a posé un certain nombre de questions : celles de la capacité du fiqh traditionnel musulman et des populations musulmanes elles-mêmes à d’adapter à la modernité et aux concepts de laïcité et d’égalité entre les sexes.

 

During the colonial period, the personal status of Muslim women underwent changes drive towards female emancipation. Until then, Women’s personal status was largely codified by Muslim traditional law and ancient local customs. The colonial period progressively liberalised their status thanks to the interpretation and the application of “positive” Muslim legal rules. The personal Muslim status and that resulting from the French Civil Code grew somewhat closer. Indeed, from the beginning of the twentieth century, the legislation and the case law created new rights for Kabyle women particularly in the field of inheritance and divorce. During the Algerian war, regulations on guardianship were adopted on 11 July 1957 and 4 February 1959. They outlawed matrimonial constraint and banned marriage between men and the pre-pubescent girls. They also introduced equality between men and women in the sphere of the divorce and allowed mother to exercise their right of guardianship over their children.

The evolution of the female status was perceived as an engine enabling the integration of the Muslim society in the French society. But it also raised a number of questions. It questioned in particular the capacity of the traditional Muslim fiqh and that of the Muslim population in general to adapt itself to modernity, to secularity and embrace notions of Equality between men and women.

 

 

Expérience musulmane du droit et de la justice dans le champs religieux en Algérie coloniale

The Muslim experience of legislation and justice in the religious field in colonial Algeria

Michel Renard

Entre 1830 et 1962, la justice en Algérie a été le bras armé du dominant colonial sur l’indigène. Mais elle n’a pas été que cela, notamment dans le domaine du religieux islamique. Elle a su dépasser une liaison ancillaire avec le politique ou le militaire et assumer son rôle de justice juste. Ainsi, après le meurtre du muphti Kahoul en août 1936, le procès du cheikh Tayeb El Okbi proclame l’innocence de celui que l’administration avait désigné à la culpabilité. La justice française pouvait être juste aussi pour les Arabes. Mais cela venait en épilogue de déceptions répétées, d’expériences opposées du droit et de la justice dans le champ religieux. C’est surtout la nature non religieuse de la justice qui indisposait les indigènes musulmans et les maintenait éloignés de son exercice. Au terme d’un inventaire ambivalent, le bilan semble peu favorable au respect des droits indigènes liés à la religion. En particulier à propos des habous et de la liberté du culte. En dernier ressort, le motif de ces contraintes et de ce contrôle fut d’abord politique et non religieux.

 

Between 1830 and 1962, justice in Algeria was the weapon of the colonial governor upon the native. But it was more than that, in particular in the field of Islam. It went beyond an ancillary connection with the military and politics: it assumed its role of fair justice. After the murder of mufi Kahoul in August 1936, Courts ruled that Sheikh Tayeb El Okbi was innocent notwithstanding the fact the Administrative authorities had previously decided that he was guilty. French justice also showed fairness to Arabs. But this came after repeated disappointments and conflicts between legislation and justice in the religion field. It is especially the non religious nature of justice which upset Muslim natives and prevented them from exercising it. Having made an ambivalent inventory, one can conclude that natives were not able to enjoy their religious rights in particular in terms of “habous” and freedom of worship. The reason for these constraint and control was mainly political as opposed not religious. Secularity in the context of the colonial situation.

 

 

La laïcité à l’épreuve de la situation coloniale

Colonial France: Secularity put to the test

Raberh Achi

 La loi de séparation des Eglises et de l’Etat, et plus généralement le principe qu’elle est censée concrétiser, à savoir la laïcité, n’ont reçu qu’une application très limitée en Algérie durant la période coloniale. Ce principe a été mis au service de la domination coloniale à travers les dérogations successives auxquelles il a donné lieu. L’administration coloniale ainsi que le ministère de l’Intérieur chargé des cultes entretinrent une fiction de l’isonomie en matière cultuelle dans l’objectif de maintenir un contrôle politique en direction du culte musulman tout en respectant formellement l’objectif de la mission civilisatrice. Inversement ce principe de séparation des Eglises et de l’Etat s’est transformé en ressource politique de contestation de l’ordre colonial auprès de nombreux milieux indigènes d’obédience réformiste. Une politisation de cette question s’est construite grâce au travail religieux et politique de l’association des oulémas d’Algérie pour en faire une thématique majeure de la mouvance nationaliste. Aussi est-il possible de lire les mécanismes de la domination coloniale et de ses contestations à travers le prisme des positions de l’administration colonial, des autorités métropolitaines chargées des cultes ainsi que des mouvements religieux à propos de la question de la séparation des Eglises et de l’Etat.

 

The legal between the Church and the State, and more generally the principle it is supposed to embody, namely secularity, received a very limited application in Algeria during the colonial period. This principle was used to promote colonial sovereignty through the successive exemption to which it gave rise. Colonial administrative authorities together with the Home Office in charge if religious affairs maintained a fiction of isonomy in church matters in order to maintain political control over Muslim worship whilst formally respecting the objectives of their civilising mission. Conversely, this principle of separation between the Church and the State permitted a number of reformist natives to challenge the colonial order. The political work of the association of Algeria’s oulémas permitted the politicisation of this question and its transformation into a major theme on the nationalist scene. This permits us to understand the mechanisms of colonial sovereignty and its challenges through the position of colonial administration, continental authorities in charge of religious affairs and religious movements about the separation of the Church and the state.

 

 

L’épuration des avocats en Algérie, 1943-1944

The cleansing of lawyers in Algeria, 1943-1944

Liora Israël

 Dans le cas particulier de l’épuration professionnelle des avocats, il semble bien que l’on puisse reprendre le titre d’un chapitre de Peter Novick : « Répétition générale en Afrique du Nord ». En effet, on peut interpréter la période du gouvernement d’Alger comme une expérimentation sur le terrain de l’épuration appliquée aux avocats. Il nous faut néanmoins immédiatement insister, d’une part sur le fait que cette épuration algérienne ne fut pas placer sous la direction des barreaux et des cours d’appel comme ce sera le cas en métropole, mais sous le contrôle de la commission d’épuration d’Alger et du commissariat à la Justice ; et d’autre part qu’elle intervint alors même qu’était élaborée la législation qui sera mise en place dans la France libérée, au cours de l’automne 43.

 L’épuration des avocats en l’Algérie n’est donc pas la simple préfiguration de celle qui aura lien en métropole, elle est plutôt une forme expérimentale à échelle réduite de ce processus, caractérisée à la fois par un dispositif différent et par la confrontation ainsi provoquée aux spécificités du barreau algérien, en particulier du point de vue politique.

 

In the particular case of the professional cleansing of lawyers, it seems that one can once again borrow the title of one of Peter Novick’s chapter: “Rehearsal in North Africa”. Indeed, one can compare the period of the Algiers government to a period of experimentation in the field of lawyers’ cleansing. We must nevertheless stress that this Algerian cleansing was not placed under the leadership of the Bar or that of the Courts of Appeal as in France. It was conducted under the control of the Algiers Cleansing Commission and the conducted under the control of the Justice Commission. Further, it took place during the drafting of the legislation to be implemented in France after the Liberation.

The cleaning of lawyers in Algeria was therefore the mere antecedent of the process which took place in France later. It was rather a small scale experiment specific to a unique Algeria Bar in particular from a political point of view.

 

 

Les « soldats refus ». La détention, la campagne de soutien et la répression des soldats communistes refusant de participer à la guerre d’Algérie.

The “Refusal Front”. The detention, the support and the repression of communist soldiers refusing to take part in the war in Algeria.

Tramor Quemeneur

 Refusant la guerre en Algérie, un certain nombre de soldats ont désobéi à l’armée en s’insoumettant, en désertant ou en refusant d’obéir. Les poursuites engagées à leur encontre commencent aujourd’hui à autoriser l’étude de leurs parcours et du soutien qu’ils ont reçu. Parmi ces « réfractaires », une quarantaine de communistes ont préféré l’emprisonnement à leur participation à la répression en Algérie. Ils sont regroupés sous le terme de « soldats du refus ».

 Il semble intéressant de suivre dans un premier temps l’évolution de ce « mouvement », d’abor extérieur puis encadré par le parti communiste. Les organes de presse proches de ce parti se sont alors fait l’écho des réfractaires emprisonnés et de la question de l’obéissance dans la guerre d’Algérie. De ce fait, ces publications ont fait l’objet de poursuites voire de saisies. Celles-ci peuvent être évaluées dans un second temps, du fait des dossier d’action publique ouverts par le ministère de la Justice. Enfin, les « soldats du refus » se trouvent sous la responsabilité de l’administration pénitentiaire. L’évolution de leurs conditions de détention, notamment au regard de la campagne développé en leur faveur, peut être étudié dans un troisième temps.

 Bien que les réfractaires n’aient qu’une poignée, les débats autour de leur attitude ont suscité un débat important dans la société française, tant pendant qu’après la guerre d’Algérie.

 

To protest against the war in Algeria, a number of soldiers disobeyed the army by deserting or refusing to obey military orders. The prosecutions brought against these soldiers allow us to study their fate and the support they received. Among these “disobedient soldiers”, about forty Communists preferred imprisonment to some participation in a repressive campaign in Algeria. They were nicknamed the “Refusal Front”.

It seems worth to outline first the development of this “movement”. Prior to the communist intervention, this movement was an external movement. Part of the Press, in particular which was sympathetic to this movement, gave a voice to the disobedient soldiers who were imprisoned and raised issues such as that of obedience. Authors were prosecuted and material was seized. Access to publication was not possible until the disclosure of prosecution files by the Ministry of Justice. The “Refusal Front” was under the responsibility of prison authorities. The evolution of their conditions of detention, in particular the influence to the support campaign of these conditions is an interesting subject of study.
 
Although there were very few of these disobedient soldiers, theirs existence has caused major discussion in the French society, both during and after the war of Algeria.

 

 

La gestion des dossiers d’action publique et les relations entre la chancellerie et le parquet pendant la guerre d’Algérie

The management of prosecution files and the relations between the Ministry of Justice and the Prosecution service during the Algeria war.

Jean-Paul Jean

 La question précise de la gestion des dossiers d’action publique et des relations entre la chancellerie et le parquet pendant la guerre d’Algérie doit être resituée dans une continuité de la culture professionnelle di monde judiciaire, sur une période qui est en droit celle de l’Etat d’urgence du 3 avril 1955, puis la loi et des décrets spéciaux des 16 et 17 mars 1956.

 Les rapports chancellerie-parquet sont analysés à partir des archives de la direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) concernant toutes les affaires importantes. Est effectuée également une comparaison de la façon dont sont traitées les affaires de presse et de violences policières, respectivement en Algérie et en métropole.

 Est abordé enfin le traitement judiciaire de deux dossiers particuliers, celui de l’arrestation des leaders FLN dont Ben Bella (octobre 1956) et celui du métro Charbonne (février 1962).

 

The issue of the management of prosecution and the relations between the Ministry of Justice and the Prosecution Service during the Algeria war must be questioned in the continuity of the professional culture of the judiciary, over a period which is that of the Emergency State of 3 April 1955 and the law and special decrees of 16 an 17 March 1956.

The archives of files in the Directorate of Criminal affairs, in particular the important cases, have permitted the analysis of the relationship between the Ministry of Justice and the Prosecution Service. A comparative assessment of the way press affairs and police violence were treated in France and in Algeria can also be undertaken.

Finally, two important affairs will be examined, that of the arrest of the NLF leaders among which was Ben Bella (October 1956) and thus of the Charonne underground railway case (February 1962).

 

 

Etre magistrat en Algérie pendant la guerre, 1954-1962

Being a magistrate in Algeria during the war, 1954-1962

Jean-Pierre Royer et Domitille Renard

 A partir de sondages effectués dans les dossiers individuels de carrière conservés aux Archives nationales, une étude sera tentée concernant la vie et l’activité des magistrats qui servirent les juridictions françaises au cours de la guerre d’Algérie, entre 1954 et 1962.

Les magistrats recensés, parmi lesquels on compte que peu de femme, sont pour moitié originaire de la France métropolitaine et pour l’autre natifs d’Algérie.

 Dans l’ensemble, ils sont bien, voire très bien notés par leurs supérieurs qui louent leurs qualités de juriste et leur sens des relations humaines, leur équité naturelle, la confiance que l’on peut mettre en eux, leur équilibre et aussi, à quelques reprises, ce qui est encore plus notable, leurs facultés d’adaptation au droit musulman. Bien sût, il a quelques fausses notes dans ce concert de louanges, certains sont mal notés en raison des désordres de leur vie privée, d’aitres sont dits n’avoir que des « connaissances moyennes », certains sont notés comme « paresseux » et l’un d’entre eux est même dit « très peu cérébral » !

 Cependant, les enseignements les intéressants concernent l’écho des évènements que l’on peut y entendre. On y perçoit bien les difficultés, aussi bien morale que matérielles que rencontrent les uns et les autres, on y mentionne quelquefois « toutes les horreurs de la guerre subversive », on y dut combien aller en Algérie était un « sacrifice » pour l’intéressé, susceptible de lui obtenir ^mis tard une compensation par un retour en France, on y sent un peu partout l’insécurité, on y mentionne la participation de telle ou tel dans le règlement des affaires de terrorisme et dans l’activité de la justice militaire.

 Toutes ces difficultés qui tiennent évidemment au contexte de l’époque se surajoutent parfois à des conditions personnelles aggravantes, en particulier à un état de santé fragile sinon délabré qui nécessite un retour en France, soit pour l’intéressé lui-même soit pour sa famille. Ce retour en France d’ailleurs, est presque toujours évoqué, et le plus souvent pour le souhaiter. Souvent fatigués par toutes ces années de troubles, les magistrats demandent un poste en France, ce qu’ils souhaitent non seulement à cause de l’insécurité ambiante mais aussi parfois en raison du « désœuvrement » ressenti, s’estimant être « en sommeil », ou bien ne plus pouvoir garantir du fait des circonstances un degré d’indépendance indispensable à l’exercice de leurs fonctions.

 

Surveys carried out of personal career files kept in the National Records Office permitted to study the life and activities of magistrates who worked in the French Courts during the war of Algeria, between 1954 and 1962. Half of the magistrates listed among whom were a very few women, were from France, the other half being from Algeria. Generally, they were very well assessed by their managers. Manager often praise their magistrates’ legal qualities, their interpersonal skills, their natural fairness, the trust which can be put in them, their balance and also, originally, their propensity to occasionally adapt to Muslim legislation. However, in this chorus of praise, a few negative comments can be found. Some magistrates were badly marked because of the mess surrounding their private life, their “average knowledge” or their laziness. One of the magistrates was even described as a “non cerebral person”.

However, the files are very instructive as they provide an interesting account of the event which happened during that time. Moral and material difficulties are evoked. “All the horrors of the subversive war” are sometimes mentioned. One describes how going to Algeria could represent a “sacrifice”. Insecurity is omnipresent. Some people’s participation in the fight against terrorism and in the activity of military justice is revealed here and there.

To these practical difficulties are sometimes added personal aggravating circumstances as ill health necessitating a prompt return to France, either for the interested party or for his family. The desire to return to France is almost always evoked. Many magistrates apply for jobs in France tired of years of conflict. This desire to leave Algeria is explained by the magistrates insecurity and their feeling of idleness. Sometimes they feel they are longer able to guarantee an adequate level of independence essential to performance of their duties.

 

 

La seconde commission de sauvegarde des droits et libertés individuels

The second committee of protection of individual rights and civil liberties

Raphaëlle Branche

 Créée par Guy Mollet en pleine campagne de presse sur les méthodes employées par les troupes françaises en Algérie et particulièrement à Alger, la commission de sauvegarde des droits et libertés individuels fut revivifiée par le général de Gaulle en août 1958.

Présidée par Maurice Patin, elle s’installa alors dans une position unique de canal d’information du président de la République et de conseil sur les questions des droits et libertés individuels dans la guerre. Ses membres étaient tenus de rester discrets sur ses activités : l’action de la commission de sauvegarde fut donc peu visible du grand public. L’ouverture récente de ses archives permet de mieux comprendre son rôle et d’en éclairer le fonctionnement.

 

Guy Mollet appointed a committee designed to safeguard rights and civil liberties during the press campaign about the various methods employed by military troops in Algeria and Algiers in particular. General de Gaulle revived this very Committee in August 1958.

Presided by Maurice Patin, the committee became a useful source of information for the President of French Republic and gave invaluable advice on legal questions about rights and civil liberties arising from warfare. But the workings of this committee have remained little know by general members of the public, as its members were obliged to remain discreet about their activities. The recent disclosure of the committee’s archives will enable us to enhance our understanding of its role and will permit to highlight its functioning.

 

 

La justice au secours de l’état : le cas particulier du tribunal de l’ordre public

The “tribunal for public order”: A case of justice helping the state

Sylvie Thénault

 Etudier le tribunal de l’ordre public, qui a fonction de mars à juins 1962 en Algérie, ne consiste pas seulement à découvrir une juridiction inconnue. Il est en effet représentatif de l’évolution de la justice pendant la guerre d’Algérie qui a connu des juridictions créées et supprimées par l’exécutif, au fonctionnement réglée par ses soins et au personnel scrupuleusement choisi. Ces caractéristiques s’expliquent par le contexte de cette période transitoire entre la période des combats t celle de la paix : l’OAS tentait effectivement de torpiller le processus de paix prévu par les accords d’Evian. Les inculpés devant le TOP sont par conséquent, en majorité, des Français d’Algérie impliqués dans l’OAS. Cependant, de nombreux autres étant des individus portant des armes pour leur propre sécurité, on peut affirmer que la mission de TOP a été, avant tout, de réaffirmer l’autorité publique dans une société risquant de basculer dans l’anarchie.

 

The study of the “Tribunal for Public Order” which existed between March and June 1962 in Algeria does not merely involve the discovery of an unknown jurisdiction. This tribunal is indeed very representative of the general evolution of the justice system during the war of Algeria. During this time, Algeria was swept by a number of tribunals, which were successively created and abolished by the Executive. The Executive also carefully determined the functioning of the judicial machinery and meticulously controlled the appointment of members of the Judiciary. These features are certainly derived from the surrounding environment i.e. a transitory period torn between war and peace. The OAS effectively attempted to sabotage the peace process envisaged by the agreement concluded in Evian. The majority o the accused appearing before the “tribunal for public order” are thus French Algerians involved in the OAS. However many other who appeared before this very tribunal were individuals who bore arms for the sake of their own security. The Tribunal’s true mission was an attempt to reinstate public authority in a society on the verge of anarchy

 

 

La répression des crimes commis par les Algériens devant la cour d’assises du Nord, 1954-1962

The Northern Criminal Court’s repression of crimes committed by Algerians

Annie Déperchin et Arnaud Lecompte

 Partant de l’hypothèse que l’état de guerre modifie la manière dont est rendue la justice de droit commun, il s’agit d’examiner les incidences de la guerre d’Algérie, sur la justice pénale de la métropole rendue à l’égard des immigrés algériens établis dans le Nord, région de forte immigration. La criminalité, qui résulte principalement de la lutte entre les deux mouvements de libération, le MNA et le FLN, crée cependant une grande insécurité pour la population française des villes. La cour d’assises, peu concernée par une criminalité interethnique est dans l’incapacité de juger le très grand nombre d’affaires et d’assurer une répression qui assure la sécurité publique. C’est pourquoi elle demande le transfert des affaires devant les tribunaux militaires. Une collaboration de nature politique s’instaure alors entre le TFPA de Lille et la justice civile, qui tous deux jugent des affaires aux faits identiques. La justice civile assure le plus souvent l’instruction des affaires et propose certaines d’entre elles à la justice militaire, même quand celle-ci ne les revendique pas. C’est en réalité la personnalité de l’accusé qui détermine la juridiction compétente. En sorte que, au moment du règlement du conflit, les condamnations prononcées, comme la pratique des remises de peine, puis de l’amnistie, vont fournir à l’Etat français une monnaie d’échange avec le pouvoir algérien.

Relying on the assumption that War modifies the way justice is administrated, one will attempt to analyse the Algerian war’s consequences on the application of French justice to Algerian immigrants living in the North of France, a region strongly affected by immigration currents. The criminality resulting from conflicts opposing the two Algerian liberation movements, the ANM and the NFL instilled insecurity within the French urban community. The Highest Criminal Court was not concerned by ethnic criminality and not capable to ensure the process for an overwhelming number of affairs. Instead, it chose to transfer its cases to military tribunals. This gave rise to a co-operation of a political nature between Lille’s TPFA and civil justice as both considered cases involving similar facts. Civil Justice very often ensured the investigation of cases before referring some of them to military justice, even in circumstance where the latter did not ask to deal with the cases. In reality, the character of the accused strongly influenced the jurisdiction likely to process the claim. When it time to resolve the conflict opposing the French and Algerian government, the condemnations made, the practice of amnesty and the reduction in sentencing gave the French government an advantage in the negotiating process.



Les amnisties de la guerre d'Algérie, 1962-1982

The amnesties of the Algerian war, 1962-1982

Stéphane Gacon

 L'amnistie est une pratique récurrente dans l'histoire de la République en France. Héritière d'une longue histoire, elle vise à clore le conflit civil en décrétant l'oubli des fautes commises. Elle est accordée par une loi votée par le Parlement au terme de débats généralement très animés. L'amnistie de la guerre d'Algérie est originale parce qu'elle est un long processus, tôt engagé, qui souligne, plus encore qu'à d'autres époques, les tensions qui existent entre les pouvoirs. Engagée par des décrets contemporains des accords d'Evian en mars 1962, l'amnistie pénale est réalisée par étapes jusqu'en 1968. Le général de Gaulle, qui cherche à construire une nouvelle République, entend garder le contrôle d'une mesure symbolique puisqu'elle a à voir avec l'unité nationale, dont il se veut garant, et qu'elle concerne des hommes dont le combat a menacé la République. C'est la raison pour laquelle cette amnistie se fait par décrets, puis par un usage massif de la grâce amnistiante, le calendrier des lois étant largement dicté par les gouvernements. La dimension symbolique de l'amnistie et les tensions entre les pouvoirs sont à nouveau révélés par le vote de la loi de 1982, souhaité par François Mitterrand, nouveau président de la République qui vise a faire disparaître les "dernières séquelles des événements d'Algérieé. Elle provoque la première crise grave de la majorité socialiste et souligne un changement de sens de l'amnistie qui avait été tacitement acceptée par l'opinion et la majorité du monde politique dans les années 60 mais qui est désormais jugée dangereuse pour l'avenir puisqu'elle est contraire au "devoir de mémoire".


The process of granting amnesties has been a recurring practice in the history of the French Republic. The origins of this practice date back to ancient times. Its essential objective is to terminate civil conflict by permitting the forgetting of the faults made. Amnesty practiced during the Algerian war exchange of heated discussions. The amnesty practiced during the Algerian war as very original: It is the result of a long active battle which emphasised tensions existing by the government involved. The criminal amnesty first started with decrees adopted at the same time as the Evian agreements in 1962. It was agreed upon in 1968. The General de Gaulle, who wanted to establish a new Republic, thrived to keep control over this symbolical tool: amnesty concerns men whose battles have threatened the Republic and as such it relates to national cohesion. This is why amnesty was first adopted in stages before being massively used. The symbolical dimension of amnesty and the tensions surrounding it existing between the governments appeared again in 1982 when Mitterrand, the then president of the Republique decided to pass a new law to erase the last scars left by the Algerian war. This political move provoked the first serious crisis within the Socialist government. It also emphasised a change in the meaning conveyed by amnesty: the practice of amnesty although largely accepted by political figures the public opinion in the 60’s suddenly became dangerous. It was deemed contrary to the duty remembrance.


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