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puce.gif (190 octets) Numéro 15 :
La justice de l'An Mil
Paris : La Documentation française, 2003.

302 pages, 23.



En vente en librairie et sur le site de
La Documentation française



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puce.gif (190 octets) Présentation

Pourquoi traiter de la justice en l'an mil ? La préoccupation ne relève pas du souci exotique d'ouvrir une parenthèse anachronique que l'an deux mil a mise à la mode. Au moment où la justice contem­poraine se préoccupe des rapports qu'elle entretient avec l’État, sur fond d'indépendance entre les pouvoirs, et de ses liens avec l'opinion, sur fond de débats avec les médias, il importe de remonter aux racines d'une histoire des fonctionnements judiciaires. Peu d'histo­riens s'y sont risqués. Il est vrai que la tâche est rude pour cet an mil pétri d'oralité. Les textes se dérobent et le droit y est traditionnelle­ment décrit comme évanescent, tandis que pèse la main de Dieu.


Est-ce pour autant le règne de t'injustice et du désordre ? On a pu longtemps le croire. Une lecture nouvelle des institutions, des ordalies et de ta vengeance permet de poser le problème autrement. Décrire comment se nouent les liens entre le législateur, le juge, les parties adverses et le public revient à comprendre comment, dès cette époque, la justice s'est affirmée à la fois comme un idéal et comme un bricolage, comme un ordre transcendant et comme un besoin venu d'en bas, reconnu aux hommes libres.

Ces communications sur la justice en l'an mil sont issues du colloque qui s'est tenu le vendredi 12 mai 2000, en Grand chambre de la Cour de cassation.
Avec la contribution de : Dominique Barthélemy, François Sougard, Ghislain Brunel, Robertlacob, Claude Gauvard, Régine Lejon, Bruno Lemesle, Michel Parisse, pour les actes du colloque. Vincent Bernaudeau, Christain Biet, Louis Devance, Benoît Garnot, Michel Pierre, Denis Salas, Florence Schmidt-Pariset, pour les études et documents.

(texte de la quatrième de couverture)




puce.gif (190 octets) Sommaire

Actes de colloque

Cadres judiciaires vers l'an mil

Michel PARISSE

Le système carolingien simple et cohérent a cédé la place en l’an mil a une conception confuse de la fonction judiciaire entièrement déterminée par des relations personnelles. C’est à partir des documents du IXe et du XIIe siècles que la justice de l’an mil peut être dégagée. Le démantèlement du pouvoir central au cours du Xe siècle a entraîné de nouvelles pratiques. La justice comtale, structurée au départ, a perdu son efficacité : le comte n’est plus un juge mais un arbitre. Les procédures légales ont cédé la place à des arbitrages qui ne sont pas eux-mêmes respectés.

Les règlements d’avouerie, l’avoué étant le protecteur d’une église ou d’une abbaye, deviennent un type très répandu de résolution des conflits. Ducs, comtes, évêques et abbés n’exercent le pouvoir, donc la justice, que sur leurs terres propres où se maintiennent plaids et synodes.


Legal function in year 1000

The simple and coherent Carolingian system was replaced in year 1000 by a confused conception of the legal function entirely based on personal relationships. The justice system in year 1000 can be figured out from documents of the IXth and XIIth centuries. New practices emerged as a consequence of the dismantling of the central power during Xth century. Comtal justice, structured at the start, lost its effectiveness when the Earl was no longer a judge but an adjudicator. Legal procedures gave way to arbitrations which were not even respected. The "avouery regulations", the solicitor being the protector of a church or an abbey, became a very widespread type of dispute resolutions. Dukes, Earls, Bishops and episcopal abbots had jurisdiction on their own lands where plaids and synods were still in use.


La justice du roi de France vers l'an mil
Ghislain BRUNEL


Les boni homines de l'an mil
Monique BOURIN

Le mot boni homines n’a cessé d’être employé depuis le haut Moyen Age. Il désigne des hommes sages et expérimentés intervenant toujours en groupe dans un conflit.

Plus fréquents dans la France méridionale et notamment en Catalogne, ils apparaissent dans les affaires judiciaires, soit comme témoins (par exemple pour définir les limites d’une villa ou la perception de rentes), soit comme conseils. Leur rôle le plus fréquent est celui d’arbitre et de médiateur social, car leur compétence est reconnue par tous, notamment pour ce qui concerne la valeur des terres. Les codes restent silencieux sur leurs modes de désignation. Les critères retenus semblent basés sur l’âge, la fortune, la naissance, le savoir et l’autorité personnelle.

Lorsqu’il s’agit de paysans, ils forment une élite qui intervient dans les plaids locaux de la seigneurie castrale. Une certaine stabilité dans leur désignation d’un plaid à l’autre peut conduire à les considérer comme représentants de leur communauté paysanne, mais c’est surtout leur lien de fidélité avec le seigneur du lieu qui doit être retenu.

Des boni homines interviennent aussi dans les grands plaids des juridictions comtales où figurent juges, experts et advocati ; ils sont alors d’un autre niveau social. Trois exemples illustrent leur rôle qui peut être très variable : le premier retrace un litige intervenu en 918 entre l’évêque et le comte de Toulouse au sujet de la possession d’un lieu ; les dix-huit boni homines  n’y sont que témoins et garants du règlement. Le second se situe en l’an mil et porte sur la succession d’un chanoine d’Elne : les boni homines, qui appartiennent tous à la haute noblesse et au haut clergé, y interrompent la procédure par un accord. Enfin le troisième présente une plainte des chanoines de Béziers auxquels trois frères ont enlevé une église. Dans cette affaire on peut considérer que les boni homines ont jugé puisqu’ils ont négocié le compromis accepté par tous.

Les boni homines ont des liens sociaux avec les parties, mais ils ne sont pas de leur parenté. Ils sont issus de l’aristocratie ; le plus souvent ce sont les maîtres des châteaux proches des lieux touchés par la discorde. Leur rôle est de persuader, mais ils ne disposent pas de moyens d’exécution. D’abord témoins de la régularité des plaids, ils ont assez vite incarné la solution négociée, le compromis.

De niveau social différent mais toujours honorable, les boni homines s’attachent à un seigneur à partir de l’an mil. Ce sont des chevaliers mais aussi des hommes d’Eglise qui s’affrontent dans les plaids. Bientôt ils se mêleront aux  seniores, aux milites, avant de devenir au XIIe, siècle les prud’hommes dont le terme sera magnifié par saint Louis.


Boni homines in year 1000

The word boni homines has been used since the early Middle Ages. It designates wise and experienced men some of them intervening as a collective group in conflicts.

More frequent in Southern France and in particular in Catalonia, they appeared in lawsuits, either as witnesses (for example to define the limits of a villa or revenue perception), or as advisors. Their most frequent role was that of adjudicators or social mediators, because their competence was recognised by all, in particular concerning the value of the land. Legal Codes remain silent on the way they were designated.

The criteria for their selection seemed to be based on their age, fortune, birth, knowledge and personal authority. When peasants were involved, they formed an elite which intervened in the local plaids of the seigneurie castral.

Certain stability in their designation from one plaid to another could result in regarding them as representatives of their country community, but it is especially their fidelity link with the lord of the place which has to be retained.


Boni homines
also intervened in the large plaids of the comtal jurisdictions where experts appear, and advocati; they are then of another social standing. Three examples illustrate their role which could vary: the first accounts for a dispute in 918 between the bishop and the earl of Toulouse concerning the possession of a place; the eighteen boni homines were only pilot and guarantors of the regulation. The second was in the millet year and covered the succession of a canon of Elne : boni homines who belong all to the high nobility and high clergy, stopped the procedure by reaching an agreement. The third example is that of a complaint of the Béziers canons from three brothers removed a church. In this case, one can consider that boni homines performed as judges since they negotiated the compromise accepted by all.

Boni homines
had social links with the defendants, but they were not of their kins. They belonged to the aristocracy; generally they owned castles close to the places affected by discord. Their role was to persuade, but they did not have means of implementation: they guaranteed the regularity of the plaids, they embodied the negotiated solution and compromise.

Of different but still honourable social standing, boni homines were attached to a lord as from the millet year. They were knights but also men of the Church involved  plaids. Soon they involved in seniores, in the militia, before becoming in the XIIth century prud'hom (i.e wise men) a term dignified by King Holy Louis.


Les transactions et compromis judiciaires autour de l'an mil :
le duel judiciaire en Italie

Régine LE JEAN

La société du Haut Moyen Age préfère le compromis au jugement et à la peine. Les modes de règlement les plus courants des conflits sont les procédures extra-judiciaires, c’est-à-dire la vengeance et la transaction négociée. En effet, la société médiévale est plus basée sur les contrats et les liens sociaux que sur les jugements des tribunaux publics rendus moins efficaces par l’affaiblissement du pouvoir central.

Toutes les affaires touchant au statut et à l’honneur et notamment les questions d’héritage suscitent des violences qui menacent la paix sociale. Causes civiles et criminelles sont intimement liées, l’important étant moins de faire reconnaître le droit que d’aboutir à un compromis judiciaire durable et accepté par les deux parties moyennant un dédommagement pour l’une d’elles. La restructuration des biens ou guerpitio est opérée sous forme de donation destinée à rétablir les liens d’amitié entre les anciens ennemis. Elle éclaire la vocation sociale du règlement des conflits. Pour les causes pénales le versement de l’amende de composition ou « wergeld » fait partie du contrôle de la vengeance. Celle-ci, appelée faide, est un mécanisme légitime qui doit déboucher sur une pacification après plusieurs compromis judiciaires.

La faide la plus connue est celle de l’ambitieuse Adèle, fille aînée du comte de Hamaland, proche de l’empereur Otton II. Elle revendique avec son époux Baldéric les biens donnés par son père au monastère d’Elten. Elle doit y renoncer en 997 à la suite d’un jugement d’Otton III rendu à l’issue d’une assemblée judiciaire. Dans un second conflit sanglant qui oppose son époux au comte saxon Wicmann, elle fait assassiner traîtreusement ce dernier, ce qui entraîne en 1018 la perte de ses biens et la condamnation à mort de Baldéric, gracié ensuite par l’empereur Henri II.

Le contrôle de la violence revient aux femmes (sauf dans le cas d’Adèle), aux communautés locales, aux réseaux de parenté et aux arbitres, le plus souvent hommes de pouvoir, neutres mais toujours liés aux parties. De fait le rôle essentiel est joué par les familiers et amis dont la benevolentia permet d’aboutir à une solution amiable, concrétisée par des banquets et des cadeaux dont le rituel participe au règlement du conflit.


The legal transactions in year 1000

In the early Middle Ages compromise was preferred to judgement and to sorrow. The most current methods of regulation of the conflicts were the out of court procedures, i.e. revenge and the negotiated transaction. Indeed, medieval society is based more on the social contracts and the links than on the judgements of the Courts made less effective by the weakening of the central political power.

All business touching the statute and the honour and in particular the questions of heritage erupted in violences which threatened social peace.

Civil and criminal causes were closely dependent; what was important was less to establish the right than to lead to an enduring legal compromise accepted by the two parts by means of a compensation for one of them. The restructuring of the assets or guerpitio was performed in the form of a donation intended to restore the bonds of friendship between former enemies. It clarified the social vocation of the regulation of conflicts. For criminal causes the wergeld payment of the composition penalty or forms part of the control of revenge. It is a legitimate mechanism, called faide, which has to lead to pacification after several legal compromises. The most famous was that of the ambitious Adèle, elder daughter of Earl Hamaland, a close relative to Emperor Otton II. It asserted with his spouse Baldéric the assets given by his father to the Elten monastery. It had to give up in 997 following Otton III'S judgement given at the end of a legal meeting. In a second bloody conflict which opposed his spouse to the Saxon Earl Wicmann, it has the latter, which involves in 1018 the loss of its assets and the death sentence of Baldéric, gracié later by Emperor Henri II assassinated treacherously.

The control of violence is allocated to women (except in the case of Adèle), to the local communities, to the relationship networks and to the adjudicators, generally men of power, neutral but still connected with the parts. In fact the essential role is played by the family circle and friends of whom benevolentia allows to achieve a friendly solution, given concrete expression by banquets and gifts the ritual of which takes part in the regulation of the conflict.


Les ordalies de l'an mil
Dominique BARTHELEMY


Rationalité et irrationalité des procédures autour de l'an mil :
le duel judiciaire en Italie

François BOUGARD

La preuve par le duel judiciaire se répand en Italie aux Xe-XIe siècles pour les causes civiles. En 967, une loi de l’empereur Otton Ier favorise cette évolution, en offrant la possibilité de contre-attaquer un serment par le duel en cas de litiges fonciers et mobiliers. Il s’agit de prévenir le parjure et d’exalter la sacralité du serment qui s’est banalisé, du fait même de la ritualisation de l’enquête carolingienne. L’usage du duel ne s’oppose pas à celui du droit romain, comme le montrent de nombreux exemples empruntés aux monastères italiens d’Italie occidentale, ce qui laisse à penser que les praticiens savent combiner plusieurs droits pour régler les conflits sans s’attacher à d’éventuelles contradictions. Il faut attendre le milieu du XIe siècle pour que s’expriment les premières manifestations d’hostilité à l’égard de ce mode de preuve en matière civile, tandis qu’il continue d’être reconnu en matière criminelle. A ce moment, les puissants en revendiquent aussi l’usage exclusif et l’intègrent à la culture nobiliaire. Il n’est pas sûr que les duels aient tous été effectivement livrés ; dans de nombreux cas, les récits de duels livrés n’ont pas été conservés et seule subsiste la mémoire du droit pour lequel ils ont servi de preuve. L’interprétation difficile des sources oblige l’historien à la prudence, mais il peut conclure qu’il existe bien un moment européen du duel, après celui de l’enquête carolingienne, et que ce mode de preuve est un outil du droit qui ne relève ni de l’irrationnel ni d’une dégradation de la justice publique.


Rationality and irrationality of the procedures
around the year 1000: the legal duel in Italy.


The proof by the legal duel spread in Italy to the X-XIth centuries for civil cases. In 967, a law of Emperor Otton Ist encouraged this practice by making it possible to counter-attack an oath by a duel in the event of land and movable disputes. One should prevent parjure and exalt the sacrality of the oath, even because of the ritualisation of the Carolingian survey. The use of the duel is not in contradiction with Roman law, as show numerous examples borrowed from the Italian monasteries of Western Italy, which indicates that several contradictory rules can be combined to regulate conflicts.

In the middle of the XIth century the first hostile manifestations with regard to this method of proof in civil matters appeared, while it continued to be recognised in criminal matters. At the time, this practice was incorporated into the culture of the aristocracy as an exclusive privilege. In numerous cases, the duel did not take place, and accounts were not preserved, but the memory of the right for which they were used as a method of proof only remains. The difficult interpretation of the sources compels historians to prudence, but it can be concluded that for some time, the practice of legal duel prevailed in Europe, after the Carolingian period, and that this method of proof was a tool much used to solve civil conflicts.


"Ils donnèrent leur accord à ce jugement"
Réflexions sur la contrainte judiciaire (Anjou, XIe-XIIe siècle)

Bruno LEMESLE


Logiques et langages du procès autour de l'an mil
Robert JACOB



Etudes et documents

L'opinion publique, le théâtre, le pouvoir,
le droit et le brigand. L'affaire Cartouche

Christian BIET


Dans et hors de la justice : le choix de l'accommodement
dans la société française d'Ancien Régime

Benoît GARNOT


La magistrature dans la balance au temps de la République combattante : l'affaire des décrets, prélude à la "révolution judiciaire" dans l'ouest de la France (1879-1880)
Vincent BERNAUDEAU


Un crime judiciaire dans la Bourgogne du Second Empire.
L'affaire Vaux et Petit 1851-1897

Louis DEVANCE

Louise Michel déportée politique au bagne de Nouvelle-Calédonie (1874-1880). Une expérience de l'écriture
Denis SALAS


Papillon ou les raisons d'un best-seller
Michel PIERRE




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