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puce.gif (190 octets) Numéro 14 :
La justice des années sombres (1940-1944)
Paris : La Documentation française, 2001.

355 pages, 20.



En vente en librairie et sur le site de
La Documentation française



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puce.gif (190 octets) Présentation

Vichy naît de la conviction d'un groupe d'hommes qu'il faut se résigner à l'armistice pour entreprendre la régénération nationale de la France. A leurs yeux, la défaite n'est pas fondamentalement le fruit de la guerre. Sa vraie cause est l'effondrement politique et moral de la nation. L'urgence commande d'effacer, sinon de réparer, le "trauma" de mai-juin 1940. Ainsi naît le projet politique de "révolution nationale" que ces hommes de la droite veulent pour la France.

Le monde judiciaire purgé et présumé acquis au nouveau régime va devenir le relais de cette entreprise d'éradication des moeurs délétères de la IIIe République. Peu à peu, la répression dessine une criminalité morale et politique conforme à la doctrine que le régime veut afficher. Façonnée par les lois et affûtée par les directives gouvernementales, la justice protège Vichy de ses ennemis. Avec ses juridictions d'exception et une inflation pénale sans précédent, la France plonge dans les années sombres. Quelles vont être les attitudes des magistrats? Peut-on faire le bilan des sections spéciales où ils ont servi? Comment va se comporter le barreau? Et, plus largement, quelles leçons peut-on tirer de la traversée de ces années qui n'ont cessé de tourmenter les générations d'après-guerre?

Telles sont les questions auxquelles les travaux inédits présentés dans ce recueil se proposent de répondre. Issus d'une journée régionale de l'Association française pour l'histoire de la justice organisée à la Cour d'appel de Lyon, ils éclairent les deux versants de l'histoire judiciaire de Vichy : d'un côté, la politique répressive appliquée par l'appareil judiciaire et, au sein de celui-ci, la purge des professions chargées d'accomplir cette mission.

(Texte de la quatrième de couverture)




puce.gif (190 octets) Sommaire

Préface de Pierre TRUCHE

Pendant la seconde guerre mondiale, suer le territoire métropolitain, des juridictions françaises ont été saisies de crimes et délits imposés à es opposants à la politique de l’Etat. Des acteurs ont témoigné, des historiens ont analysé cet aspect de cette période. Les recherches se poursuivent pour compléter le tableau au vu notamment des spécificités locales. C’était l’objectif poursuivi par l’association française pour l’Histoire de la Justice lors du colloque de Lyon.

Démarche d’autant plus indispensable qu’il n’est pas contestable que la réflexion sur la justice moderne a été largement influencé par les dérives de l’époque. les magistrats qui ont pris leurs fonctions dans la seconde moitié du XX° siècle ne pouvaient ignorer les contraintes imposées, subies ou rejetées par ceux qui avaient choisi la même profession qu’eux. L’impartialité du magistrat, les droits de la défense se trouvaient  dramatiquement confrontés à la raison d’Etat, habillée de chantage (« condamnez à mort pour éviter l’exécution d’un plus grand nombre d’otages »), au dévoiement des règles les plus solidement établies comme la non rétroactivité des lois pénales plus sévères, à la création de juridictions d’exception  aussitôt  remplacées par d’autres lorsqu’elles ne répondaient plus à la sévérité exigée d’elles, au choix des juges en fonction du résultat souhaité par l’autorité politique.

La parution en 1973 de « L’affaire de la section spéciale » d’Hervé Villeré et le film qu’en tira Costa Grava deux ans plus tard ont utilement porté les enjeux sur la place publique. A Paris, le 27 août 1941 trois hommes, déjà condamnés, se virent infligés la peine de mort pour les mêmes faits et furent exécutés puis la machine s’enraya et trois autres furent et trois autres furent épargnés contrairement aux instructions communiqués à des magistrats par le gouvernement de l’époque.

Trois leçons sont à tirer :

Même dans de telles conditions, une défense de rupture contestant la légitimité de la juridiction fut exercée.

La soumission du parquet au ministre de la justice n’est pas acceptable. En germe, c’était conduire à la règle du code de procédure pénale de 1958 selon laquelle seul ce qui est convenable au bien de la justice doit inspirer  les réquisitions.

Enfin, et surtout, un magistrat, isolé au départ dans la collégialité, par la force de sa conviction basée sur le respect des principes fondamentaux, peut retourner la situation et entraîner certains de ses collègues épargnant ainsi trois vies.

Il reste à confronter ces trois exigences à ce qui fut fait en dehors de Paris. Cet ouvrage doit y aider.
 

Foreword by Pierre TRUCHE

(Translated from French by Edith Horak)

In France, during the Second World War, crimes and other offences imposed on opponents of the State were referred to French jurisdictions.

A number of protagonists have given a useful account of the events that took place during this period and historians have also analysed this particular aspect of the War. There has been ongoing research to give a complete account of this period and include local specificities. This was also the objective pursued by the French Association for the History of Justice during the seminar which took place in Lyon.

The steps taken to analyse this period of History have been indispensable: this is because the abuses made at the time have considerably influenced contemporary intellectual reasoning on modern justice. Magistrates who took their functions in the second half of the twentieth century cannot ignore the constraints imposed, suffered or rejected by those who chose the same career during the war. The independence of the Judiciary as well as defence rights were undermined by a State using blackmailing methods (“Impose death penalty to avoid the execution of a greater number of hostages”). Solidly established rules such as the non retroactivity of the strictest criminal laws were misused, exceptional tribunals were immediately replaced by others when the harshness of their sanctions failed to respond to Government demands and the selection of Judges depended on the objectives pursued by Political authorities.

The publication of the book “The affair of the Special Section” by Herve Villere together with the film based upon it (directed by Costa Gavra) released some two years later made these issues public. On 27 August 1941, three men, already convicted, were given the death penalty on the basis of the same facts and were duly executed. Subsequently, the death machine jammed and the Judiciary spared three other convicts despite governmental instructions to the contrary.

Three lessons can be learnt from these events:

Even in such conditions, the legitimacy of the administration of Justice was contested.

Prosecutors should not be submitted to the Ministry of Justice. In fact, this idea lead to the Code of Criminal Procedure in 1958 under which it is accepted that only that which is sought after in the pursuit of Justice must inspire summing-up for the Prosecution.   

Finally and above all, a magistrate, who may initially find himself isolated in collegial decisions, can change the course of events, influence his colleagues and save three lives from death thanks to the power of his belief in the respect of fundamental principles.

The events, which took place outside Paris at the time, must be judged with those three requirements. This book should be assist towards this goal.



Introduction : Juger, poursuivre et défendre entre 1940 et 1944
Denis SALAS


Partie I : Les juridictions d'exception

Une exception ordinaire
Les magistrats et les juridictions de Vichy
Alain BANCAUD

La section lyonnaise du tribunal d'Etat et la section spéciale près la cour d'appel de Lyon : l'exemplarité à l'épreuve des faits
Catherine FILLON

La section spéciale de Dijon
Jean-Louis HALPERIN

La Milice et les cours martiales
La Cour martiale de Lyon. 2 février - 4 août 1944

Laurent DOUZOU et Virginie SANSICO

Les tribunaux militaires en Savoie pendant l'occupation italienne
Mihel BUSSIERE


Partie 2 : L'attitude des professions judiciaires

Le barreau de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale (1940-1945)
Yves OZANAM

L'attitude du barreau de Lyon pendnat l'Occupation
Ugo IANNUCCI

Parquet et politique pénale sous le régime de Vichy
Catherine FILLON et Marc BONINCHI

Quel regard porter sur les magistrats ayant signé dans les juridictions d'exception sous l'Occupation ?
Jean-Paul JEAN


Partie III : Témoignages

Leopold Rabinovitch, résistant juif traduit devant la section spéciale de Lyon
Présenté par Catherine FILLON

Robert Poisron, membre de la cour martiale du Grand-Bornand mise en place à la Libération pour juger les miliciens
Présenté par Michel BUSSIERE

Henri Boulard, président de la cour d'assises des Yvelines (procès Touvier 17 mars - 20 avril 1994)


Bibliographie sélective

Postface : L'exception et l'exemple
Marc Olivier BARUCH



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