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puce.gif (190 octets) Numéro 13
La Cour d'assises :
bilan d'un héritage démocratique
Paris : La Documentation française, 2001. 319 pages, 19 .


En vente en librairie et sur le site de
La Documentation française

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puce.gif (190 octets) Présentation

Est-ce l'impact du procès d'Omar Raddad, l'une des affaires criminelles les plus controversées de la dernière décennie ? Ou une volonté d'éradiquer, dans cette affaire comme dans d'autres, l'erreur judiciaire ? Quoi qu'il en soit, l'appel des verdicts de cours d'assises, adopté par la loi du 15 juin 2000, est une petite révolution. Au nom des droits individuels, l'ère de l'infaillibilité du jury populaire est bel et bien achevée. La cour d'assises n'incarne plus le peuple souverain. Loin de la fiction politique qui lui a donné naissance -celle d'une "figure judiciaire de la Nation"-, elle devient moins charismatique et plus vulnérable. Manifestement, un nouveau cycle de son histoire est en train de s'ouvrir.

Pourtant, cette réforme semble tout à la fois consensuelle et amnésique. Tout le monde y applaudit, mais rares sont ceux qui en cherchent le sens. On s'étonne que les verdicts de cours d'assises puissent être sans appel. Mais sait-on bien au nom de quoi ils l'ont été si longtemps ? Ma réforme actuelle consacre-t-elle la défaite de la souveraineté populaire ou inaugure-t-elle une nouvelle conquête des droits de l'homme ? Comment comprendre qu'une juridiction identifiée à l'aventure de notre démocratie soit désormais évaluée selon les normes du procès équitable ?

Afin de réinterpréter cet héritage démocratique de notre procédure criminelle, l'Association française pour l'histoire de la justice et l'Ecole nationale de la magistrature ont organisé, les 11 et 12 juin 1999 à la Cour de cassation, le colloque dont on lira les actes dans le présent volume. Ils sont accompagnés d'un choix d'articles sélectionnés par le comité de rédaction de la collection Hisoitre de la justice.

(texte de la quatrième de couverture)




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Sommaire


Juger en démocratie

Denis SALAS

La généalogie de la cour d'assises retrace un chemin, encore mal connu, par lequel des hommes ont entrepris de juger leurs semblables dans le sillage d'une démocratie au parcours accidenté. La période récente souligne sa structure paradoxale où cohabitent une institution politique et une institution de jugement. 



Partie I : Idéal démocratique et pratiques judiciaires

Du tribunal criminel à la cour d'assises
Renée MARTINAGE

Préfiguration de la Cour d'assises, le Tribunal criminel est en vigueur de 1792 à 1811. Durant cette période, la procédure de jugement orale, publique  et populaire reste stable par rapport à la phase d'instruction. Malgré leur sélection, l'autonomie des jurés est réelle comme l'atteste la pratique des jugements en équité implicitement acceptés par des juges alors élus. Sous le contrôle du tribunal de cassation et du référé législatif, l'œuvre du Tribunal criminel sera d'opérer la transition entre l'arbitraire des juges d'Ancien régime et le principe de légalité des délits et des peines prévu par le Code pénal de 1791.  


Le jugement des peines perpétuelles : le cas des assises
d'Eure-et-Loir au XIXe siècle

Guillaume MICKELER

La pratique des Assises d'Eure et Loire au XIXème siècle est variable selon que l'on se place avant ou après la loi du 28 avril 1832 sur les circonstances atténuantes. Avant cette date, le jury se montre plus humain que le Code pénal soit en acquittant (38 % d'acquittements entre 1811 et 1832), soit en disqualifiant (20% des perpétuités résultent d'une requalification d'infractions frappées de la peine capitale). A partir de 1832, on passe à une conception subjective de la sanction pénale où le jury définit des critères lui permettant de limiter les peines perpétuelles.  


La cour d'assises pendant le régime de Vichy :
une juridiction politiquement encombrante ?

Alain BANCAUD

Le régime de Vichy s'inscrit dans une longue tradition de méfiance envers la cour d'assises à qui il reproche l'incertitude de ses verdicts, sa publicité dangereuse et l'insuffisance de " civisme punitif ".  Il use de techniques éprouvées pour adapter la procédure criminelle  aux exigences du régime (choix des jurés, renforcement du pouvoir des magistrats, correctionalisation, usage accru du recours en grâce...) tout en créant des juridictions ad hoc  pour la contourner.  


La procédure criminelle entre permanence et réforme
Bernard FAYOLLE


L'état du droit positif montre que notre Cour d'assise s'inscrit dans la continuité de son histoire paradoxale. D'un côté, elle conserve les grands principes qui lui ont donné naissance (publicité et oralité des débats, principe du contradictoire) alors que la démocratisation du jury est tardive. Le tirage au sort des jurés à partir des listes électorales n'apparaît qu'au début des années 1980. D'autre part, nombre de contentieux lui échappent au profit de juridictions sans jurés au nom de la raison d'Etat. La réforme actuelle se résume à deux questions que l'auteur met en discussion  : faut-il prévoir l'appel et motiver les arrêts ?



Partie II : Souveraineté populaire et cultures politiques

Remarques sur l'histoire du jury criminel
Antonio Padoa SCHIOPPA

Bien qu'il s'inspire d'une institution de common law, le jury français introduit par la Constituante, a des traits spécifiques (primat des débat oraux, intime conviction, séparation entre les jurés et les juges) qui ont exercé une influence dans l'Europe entière. Les constituants voulaient donner au peuple le droit de juger au nom d'une souveraineté quasi divine même si par la suite plusieurs moyens furent utilisés pour en limiter la portée.


Le jury criminel dans la tradition politique américaine
Gwénaële CALVES

Aux Etats-Unis, le jury incarne un contrepoids  local au pouvoir fédéral. Loin d'être le fruit d'une intime conviction, la délibération du jury exprime l'idée d'un bien commun unanimement atteint par delà les différences.  La crise actuelle de cette conception vient de la non discrimination de l'accès aux fonctions de juré acquise dans les années soixante : face au risque de pré-jugement induit par ses appartenances raciales ou sexuelles,  la démarche du jury s'efforce d'atteindre une neutralisation de points de vue différents mais nullement irréductibles.


Tocqueville et la perspective libérale sur le jury
Lucien JAUME

Au cours du XIXème siècle, nombre de penseurs libéraux ont cherché la signification du jury.  Constant y voit un frein au despotisme judiciaire et aux lois injustes. Tocqueville inverse cette perspective : le jury est une institution qui, à ses yeux, réalise l'accomplissement démocratique du pouvoir judiciaire. Hegel y décèle une figure de la conscience de la loi où chacun peut se reconnaître car tous y sont représentés. Tous voient dans le jury une médiation qui permet de réconcilier le criminel avec la loi dont il s'est écarté. 


Souveraineté, citoyenneté, civisme : quelle légitimité pour le jury ?
Marcel DAVID

La Révolution n'a pas voulu créer un mythe démocratique qui identifie souveraineté, légitimité et infaillibilité du jury.  D'autres sources de légitimité y sont discutées, en particulier, le civisme ou  l'exercice de la citoyenneté.  C'est à cette perspective philosophique élargie que se réfère le Haut comité consultatif, chargé en 1995 de réviser la procédure criminelle, pour justifier l'appel des verdicts de cour d'assises.


L'appel des arrêts des cours d'assises : le poids de l'histoire
Jean-François CHASSAING

L'introduction de l'appel des arrêts de cour d'assises par la loi du 15 juin 2000 comporte une double innovation. D'abord, elle achève de rompre avec la conception du " jury oracle " en faisant des jurés des échevins ou  des citoyens exerçant la fonction de juger. Mais, surtout, elle écarte la tradition de " l'appel de contrôle " à dominante hiérarchique et technique au profit d'un " appel de seconde chance"  centré sur un double souci de garantie et de prévention de l'erreur judiciaire.   


La réforme de la cour d'assises dans la loi du 15 juin 2000



Partie III : Procès d'assises et rôle des acteurs

L'avocat en cour d'assises (XIXe et XXe siècles)
Yves OZANAM

Après des débuts difficiles sous la Restauration et la Monarchie de juillet, le Barreau connaît un âge d'or sous la IIIème République. Outre la présence de l'avocat dès l'instruction, le parlement vote la suppression du résumé du Président après les plaidoiries  (1881) et la délibération commune du jury et de la Cour sur la peine (1932).  La réforme de 1941 qui fait siéger ensemble la Cour et le jury , si farouchement combattue par Maurice Garçon, ne sonne pas le glas de l'avocat  d'assises. La cour d'assises garde une place centrale dans la mémoire collective du Barreau. 


L'expertise ou l'art d'administrer les preuves au tournant du siècle
Frédéric CHAUVAUD

Au tournant du siècle, l'expertise transforme la règle du jeu du procès d'assises  en substituant la connaissance scientifique à la preuve orale et au témoignage.  Elle est une ressource nouvelle qui profite à certains acteurs  - les magistrats et les  experts -  au détriment du jury et des avocats. Le procès devient ainsi le lieu d'une démonstration de culpabilité dont le magistrat, qui choisit son expert,  devient le maître. 


Le criminel et son énigme : du "grand criminel" au "pâle criminel"
Jean-Claude MONIER

La psychanalyse, dès le début du XXème siècle, devient une grille d'analyse du comportement criminel.  Certains crimes énigmatiques sont élucidés car ils se jouent sur la scène de l'inconscient . Ainsi de ces " pâles criminels " qui s'auto-punissent pour apaiser leur sentiment de culpabilité . A partir de cas issus de sa pratique, l'auteur explique des crimes apparemment incompréhensibles par la recherche inconsciente d'une limite qui se dérobe. 


Sanction symbolique ou rétribution pénale ?
Réponse à Jean-Claude MONIER

L'auteur souligne le paradoxe du texte de Jean Claude Monier : comment  le souci généreux de comprendre les actes criminels peut-il s'accompagner, dans les exemples cités, d'une telle  sévérité des peines ?  Le danger d'un usage judiciaire de la psychanalyse est de substituer l'analyse de causalités mystérieuses à l'humble exercice du jugement.   


L'homme de lettres aux assises : Gide, Mauriac, Giono
Thierry PECH

La lecture des Souvenir de Cour d'assises (Gide, 1914) , des Notes sur l'affaire Dominci (Giono, 1951) et de l'affaire Favre-Bulle (Mauriac, 1932) nous propose regard sur les assises  selon le degré d'implication de l'écrivain. Mauriac, le plus extérieur au procès, se pose  en avocat du crime passionnel face au jury, ce " monstre à douze tête ".  Giono, chroniqueur judiciaire,  décrit le vacillement des mots et des corps. Comme juré,  Gide est " dans la barque " et , lucide sur les fragilités de l'institution, traverse l'épreuve du jugement.


Bibliographie relative à l'histoire des cours d'assises
Jean-Claude FARCY



Etudes et documents

Articles :

Les victimes, des oubliées de l'histoire du droit ? 
Jean-Pierre ALLINNE

L'idée selon laquelle la  victime est absente de l'histoire de la justice ne résiste pas à l'analyse historique. D'abord parce que le système pénal a été longtemps gouverné par la vengeance privée. Ensuite, au moment du triomphe de la poursuite publique, les pratiques professionnelles  montrent que le souci de réparer le dommage reste présent tant aux niveaux judiciaire qu'infra judiciaire. Enfin, la montée en puissance contemporaine de la responsabilité civile se fait au nom des garanties de réparation dues au victimes.  

"La mandragore et le lys". L'infamie du bourreau dans la France des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles
Pascal Bastien

Le destin du bourreau de l'ancienne France est  lié aux rituels d'un pouvoir absolutiste, personnalisé et  sécularisé. Figure paradoxale, il est, à partir du XVIème siècle, frappé d'infamie alors que son pouvoir croît en même temps que celui du souverain dont il est le double inversé.       



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