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puce.gif (190 octets) Numéro 12 :
Juger les juges : du Moyen-Age au Conseil supérieur de la magistrature
Paris : La Documentation française, 2000. 18,29 .


En vente en librairie et sur le site de
La Documentation française



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puce.gif (190 octets) Présentation

"Qui jugera les juges ?" On se souvient de ce titre de la presse au moment où, il y quelques mois, la réforme de la justice battait son plein. Une telle question prit au dépourvu autant les magistrats que les dirigeants politiques, suspects d'accorder au pouvoir judiciaire une indépendance sans contrepartie. Mais étions-nous en mesure d'y répondre tant la place nouvelle de la justice dans notre démocratie ébranle nos moeurs politiques, tant les réformes engagées s'apparentent à une aventure sans mémoire ?

Le présent recueil cherche avant tout à combler cette lacune en questionnant dans la longue durée la généalogie de la responsabilité des juges. Au Moyen Age, elle est inscrite dans une représentation qui l'identifie à un engagement ritualisé devant Dieu symbolisé par la phrase de l'Evangile "comme vous jugez, vous serz jugez". Avec l'émergence de l'Etat, elle est au centre d'une succeeion de discorde et de compromis entre les parleme,ts et le pouvoir monarchique. Face à une gestion corporatiste jalouse de ses prérogatives, le pouvoir politique ne cesse de vouloir sanctionner l'infidélité des magistrats. La République n'inféchit guère cette longue querelle. Aceci près qu'à la fin du XIXe siècle, on voit se dessiner un organe juridictionnel chargé de la responsabilité des juges. On sort peu à peu d'une oscillation entre jugement des pairs et tutelle politique au prfit de l'arbitrage d'un tiers. Au bout de cette évolution, le Conseil supérieur de la magistrature cherche désormais une place à distance du pouvoir politique et du corporatisme. Tout en reprenant un questionnement éthique ouvert au Moyen Age, comme le montre sa jurisprudence, l'existence du CSM ne fait pas pour autant disparaître les régulations professionnelles et politiques.

Cet ensemble de textes issu d'un colloque de l'Association française pour l'histoire de la justice compose la premièr epartie de ce volume d'histoire de la justice. Il est accompagné d'une rubrique "Etudes et documents" qui comporte des articles et notes de lecture ainsi qu'une présentation des travaux suivis par l'Association au cours de l'année écoulée.

(texte de la quatrième de couverture)




puce.gif (190 octets) Sommaire

Les fondements symboliques de la responsabilité des juges

L'héritage de la culture judiciaire médiévale

Robert JACOB

La responsabilité du juge est la pierre d’angle de l’ordre juridique et judiciaire de la civilisation médiévale. Les textes insistent sur l’impartialité du juge envers les justiciables et la tutelle de la hiérarchie incarnée par le Parlement de Paris. Le serment, au sens d’un engagement rituel devant Dieu, définit la faute du juge comme un  parjure. Les images, enfin, font la représentation de l’erreur judiciaire l’expression la plus adéquate de la légitimité du juge. 


Les juges devant le parlement de Paris aux XIVe et XVe siècles
Claude GAUVARD

En sanctionnant les abus des décisions judiciaires, le Parlement de Paris choisit moins de punir les juges que d’affirmer la prépondérance de la justice royale afin que les sujets du roi gardent confiance en elle. Ainsi, la pratique de l’amende honorable permet, en imposant le rituel de la dépendaison à un juge réduit à sa personne privée, de satisfaire l’honneur de la partie lésée par un mauvais jugement, de sauver la vie du juge incriminé et de préserver l’intégrité d’une justice retenue que la faute n’éclabousse pas.       


"Pour l'honneur de la compagnie et de la magistrature !"
Le pouvoir disciplinaire interne aux institutions judiciaires
(XVIe-XVIIIe siècles)
"In honour of the company and the Judiciary!"
The internal disciplinary power of judicial institutions (16th – 18th century)

Sylvain SOLEIL

Au cours de l’Ancien Régime, l’ordre judiciaire a connu trois époques. Dans un premier temps, les magistrats relèvent du pouvoir du roi qui les nomme, les sanctionne ou les révoque.   Avec la conquête de la patrimonialité des offices entre le XVème et le XVIème siècle,  ils affirment leur autonomie face au pouvoir royal quant à la nomination et la discipline.  Mais, au cours d’une troisième phase, avec l’apparition de phénomènes de corruption, le roi reprend son pouvoir disciplinaire en jugeant les juges par ses commissaires et son conseil. Il en résulte un compromis durable entre la patrimonialité et l’absolutisme qui reste en place jusqu’à la veille de la Révolution. 

During the ‘Ancien Régime’, the Judiciary has experienced three ages. Initially, members of the judiciary used to depend on the power of the King who appointed them, took actions against them or removed them from office. With the conquest of the ‘patrimonialité des offices (1) between the 15th and the 16th century, they asserted their autonomy from the royal power regarding appointment and discipline. But, later on, with the appearance of corruption, the King took back his disciplinary power by having judges tried by his administrators and his council. This gave rise to a lasting compromise between ‘patrimonialité’ and absolutism which existed until the eve of the French Revolution.

1) NdT : Under the French monarchy, the office (the right of exercising a public duty and making profits from it) was sold by the King to an individual, who then became an officer of the King. For the officer, a double value was attributed to the office, which was at the same time an « ordinary dignity » and a « public duty ». So, the officers intended to incorporate their offices into their heritages.


Les ambiguïtés de l'âge classique
The ambiguities of the classic age

Arlette LEBIGRE

A l’âge classique, le jugement des juges est assuré, comme pour les autres corporations, par leurs pairs. Face à une corruption favorisée par la vénalité des charges, le pouvoir royal va sanctionner par des procédures extraordinaires les abus les plus criants. A la fin du XVIIème siècle, le recours à l’autorité ministérielle à l’initiative  des particuliers, des intendants ou des juges eux-mêmes cherche à compenser les privilèges des Parlements en introduisant une dose de justice retenue. 

In the classic age, the trial of judges was performed by their peers, as for other guilds. As the royal power was facing a corruption favoured by the venality of offices, the King started repressing the most striking abuses by special procedures. At the end of the 17th century, the possibility for individuals, intendants or judges themselves to resort to the authority of the Minister sought to offset the privileges of Parliaments by introducing a touch of ‘justice retenue’ (1).

(1) NdT : Expression referring to the system applied until 1872, in which the ‘Conseil d’Etat’, in contentious matters, only had the power of suggesting the decisions to the Head of State.


Le juge entre prise à partie et récusation :
résistance et compromis dans l'ordonnace civile de 1667

The judge, a difficult position between ‘prise à partie’ and challenging :
resistance and compromise in the civil edict of 1667

Catherine METHY

L’ordonnance de 1667 prévoit un double système de responsabilité du juge. La récusation qui permet d’obtenir, à la demande des parties, son désistement avant le jugement et la prise à partie qui sanctionne la faute du juge par une condamnation civile. Les magistrats sont réservés à l’égard de ces procédures. La pratique des tribunaux privilégie une conception préventive de la responsabilité au moyen de la récusation plutôt qu’une responsabilité pour faute génératrice d’instabilité et de discrédit  sur la fonction. 

The edict of 1667 provided for a double system of liability of judges. Challenging, which allowed to obtain, at the request of the parties, his withdrawal before the trial and the ‘prise à partie’, which punished the offence of the judge by a civil sentence. Members of the judiciary were guarded in their opinions about these procedures. In practice, courts gave greater importance to a preventive conception of liability by means of challenging rather than a liability for offence, which caused unsteadiness and discredit as regards the office.



Forfaiture des juges et privation de l'office à la fin de l'Ancien Régime
Felony committed by judges and deprival of their offices
at the end of the ‘Ancien Régime’


Jean-Louis HALPERIN

A la fin de l’Ancien Régime, les Parlements entrent en conflit avec le pouvoir royal soit en refusant d’enregistrer les édits, soit en cessant leurs activités. Pour prévenir ces rebellions collectives, le chancelier Maupeou instaure des peines de privation des offices dans les hypothèse de “ désobéissance ” ou de “ résistance ” évoquant la forfaiture. Conforme au droit traditionnel de l’Ancien Régime, mal comprise en son temps, la réforme Maupeou inspirera une hostilité des révolutionnaires à toute idée de révocation des juges par le pouvoir exécutif. 

At the end of the ‘Ancien Régime’, Parliaments came into conflict with the royal power either by refusing to register edicts, or by giving up their offices. In order to prevent these collective rebellions, Chancellor Maupou instituted sentences of deprival of offices in the cases of « disobedience » or « resistance » evoking felony. In conformity with the traditional law of the ‘Ancien Régime’, the Maupou reform, which was misunderstood at that time, inspired the revolutionaries with a feeling of hostility to any idea of removal of judges by the executive power.


L'exercice du pouvoir disciplinaire dans la magistrature
depuis les débuts du Consulat jusqu'à la loi du 3 août 1883

The exercise of the disciplinary power since the French Revolution
until the Act of August 30th 1883


Jean-Jacques CLERE

Le XIXème siècle marque la renaissance d’une autodiscipline des magistrats. Les tribunaux eux-mêmes en assemblée générale sont l’instance disciplinaire ce qui permet la formation d’une jurisprudence. Mais le ministre de la justice, comme chef de la magistrature, peut traduire depuis la loi de 1883 directement tout juge devant la cour de cassation. L’étude du contentieux disciplinaire montre qu’en fait  la responsabilité des magistrats est appréciée avant tout sur un plan politique.

The 19th century marked the rebirth of a self-discipline of members of the judiciary. Courts themselves in general meetings accounted for the disciplinary authority, which allowed the setting up of a jurisprudence. But, since the Act of 1883, the Minister of Justice, as the Head of the Judiciary, has been allowed to bring directly any judge before the Court of Cassation. In fact, the study of disciplinary actions shows that the liability of the members of the judiciary is assessed mainly on the political plan.


Etienne Cabet devant la cour d'assises de la Seine le 28 février 1834
Etienne Cabet before the Court of Assizes of the Seine on February 28th 1834

François FOURN

La comparution d’Etienne Cabet rédacteur en chef du Populaire, député républicain et ancien procureur général devant le jury d’assises de Paris pendant la Monarchie de Juillet a une valeur exemplaire. Sa condamnation  (deux ans d’emprisonnement et deux ans d’interdiction civique) - et les débats qu’elle induit - pose avec acuité la question de savoir si les juges  doivent marcher du même pas que le gouvernement ou bénéficier d’une indépendance y compris dans leur liberté d’opinion.

The appearance of Etienne Cabet, chief editor of the Populaire, a republican deputy and former public prosecutor, before the jury of the Court of Assizes of Paris during the Monarchy of July is a typical example. His sentence (two years prison and two years suspension of civic rights) – and the resulting debates – brought with sharpness the issue of knowing whether judges had to work together with the government or enjoy independence even in the field of their freedom of opinion.


Les magistrats jugés par les commissions mixtes en 1852
Members of the judiciary tried by joint committees in 1852

Renée MARTINAGE

Les commissions mixtes ont condamné une dizaine de magistrats libéraux et républicains pour avoir exprimé des opinions critiques à l’égard du gouvernement du Second Empire.  Face à ces condamnations lourdes (emprisonnement à Cayenne, expulsions du territoire, internement…) obtenue par une “ justice ” d’épuration et sans garanties disciplinaires,  la hiérarchie judiciaire protesta vainement contre cette atteinte inacceptable à l’inamovibilité.  

Joint committees sentenced about ten liberal and republican members of the judiciary who had expressed critical opinions towards the government of the Second Empire. Facing these heavy sentences (imprisonment in Cayenne, expulsions out of France, internment...) passed by a « purging justice » and without disciplinary guarantees, the judicial hierarchy protested in vain against this unacceptable attack on irremovability.


La responsabilité des juges dans les débats parlementaires de la fin du XIXe siècle
The liability of judges in parliamentary debates of the end of the 19th century.

Anne-Marie MALLET

L’étude des débats parlementaires autour du projet de loi de 1883 montre l’émergence d’un droit et d’une procédure disciplinaire en lieux et place d’un système purement hiérarchique. En particulier, la transformation progressive de la Cour de cassation en un Conseil supérieur de la magistrature statuant sur les questions disciplinaires exprime cette tendance à la juriditionnalisation là alors que jusqu’à présent tout se passait “ en interne ”.    

The study of parliamentary debates about the bill of 1883 showed the emergence of disciplinary law and procedure replacing a purely hierarchical system. In particular, the progressive change of the Court of Cassation into a High Council of the Judiciary ruling on disciplinary matters has expressed this trend to « judicialization » for matters which were dealt with « in-house » until then.


Les juges en enquête : histoire de l'Inspection des services judiciaires
The judge under inquiry : history of the inspectorate of judicial services.

Alain BANCAUD et Jean-Paul JEAN

Amorcée en 1935 et effective depuis 1962, la création de l’inspection des services judiciaires concurrence le pouvoir hiérarchique des chefs de cour et affaiblit  la Cour de cassation. Assurant un contrôle direct de la magistrature et réagissant contre l’exercice corporatiste de la discipline, cette administration s’affirme comme l’organe principal de renseignement du ministre de la justice sur le corps judiciaire.  

The setting up of the inspectorate of judicial services which started in 1935 and came into force in 1962, competed with the hierarchical power of court presidents and weakened the Court of Cassation. As it ensured a direct control over the Judiciary and reacted against the corporatist exercise of the discipline, this service within the Ministry of Justice asserted itself as the main information body of the Minister of Justice over judicial professions.


Les responsabilités déontologiques des magistrats à la lumière de la jurisprudence du Conseil supérieur de la magistrature
Dominique COMMARET

Les décisions actuelles du Conseil supérieur de la magistrature statuant au disciplinaire font apparaître un triple souci de loyauté et d’impartialité dans ses fonctions judiciaire, de rigueur dans sa gestion administrative et de prudence dans sa vie privée. L’impartialité, parce qu’elle est la contrepartie de leur indépendance, est aujourd’hui la première responsabilité des juges.     



Etudes et documents

Articles :


Le prix de la justice. Voltaire, lecteur de Montesquieu et Beccaria
Christian WATERLOT

Jalons pour une histoire de la présomption d'innocence
Jean-François CHASSAING






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