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Présentation
L'ambition de cet ouvrage est d'aborder l'histoire
de la justice dans ses tensions avec l'histoire sociale des acteurs,
l'histoire politique des institutions et l'histoire culturelle des
élites. Se fondant sur l'étude des trajectoires individuelles d'environ
700 magistrats ayant accompli tout ou partie de leur carrière dans le
Maine-et-Loire, il appréhende les mutations sociologiques et
professionnelles du corps judiciaire entre 1848 et 1906. Entre ces deux
dates, les crises politiques et institutionnelles se succèdent et
soumettent les fonctionnaires de l'ordre judiciaire aux soubresauts
d'événements majeurs qui affectent leurs parcours professionnels. Les
juges-notables incarnant les " classes dirigeantes traditionnelles
subissent aussi la concurrence d'élites émergentes qui viennent affirmer
la légitimité républicaine triomphante au plan politique. Accompagnant
la " révolution judiciaire " des années 1880, un mouvement de
professionnalisation se dessine et prend corps à travers les réformes
qui intéressent la formation et le recrutement des magistrats. La montée
en puissance du phénomène méritocratique conjuguée aux tentatives
d'aménagement des conditions d'avancement des magistrats facilitent
l'amorce d'une rationalisation des carrières au sein d'un corps d'Etat
resté très longtemps prisonnier de ses traditions et de ses habitudes
professionnelles. Au magistrat de fonction enraciné dans son " pays "
d'origine et confiné clans les préjugés sociaux de son milieu succède, à
l'orée du XXe siècle, un magistrat de carrière mobile et soucieux de
promotion, un fonctionnaire issu des " nouvelles couches " républicaines
si chères à Gambetta. A travers les métamorphoses de la magistrature
provinciale se dévoile ici la transition d'une " famille judiciaire "
repliée sur elle-même à un groupe professionnel ouvert et national, le
passage d'un modèle élitaire de type notabiliaire vers un modèle
républicain.
Biographie de l'auteur
Vincent Bernaudeau est docteur en histoire contemporaine et
membre-associé du CERHIO (CNRS. FRE 3004, HIRES, Université d'Angers).
Il est actuellement chercheur post-doctoral FNRS auprès des Facultés
universitaires Saint-Louis, à Bruxelles.
(Texte de la quatrième de couverture)
Table des matières
ARISTOCRATIE DECLINANTE ET
BOURGEOISIES TRIOMPHANTES : LA MAGISTRATURE, BASTION DES " CLASSES
DIRIGEANTES " (1848-1878)
De l'horizon familial au choix d'un " état " : reproduction sociale et
continuité judiciaire
Les stratégies matrimoniales : exclusivisme des réseaux sociaux et
autonomie des milieux judiciaires
Réalités sociales et parcours professionnels : une magistrature de
notables, un corps immobile
CONFRONTATION DES TEMPS JUDICIAIRE ET POLITIQUE : LA MAGISTRATURE ENTRE
SOUBRESAUTS ET REVOLUTION (1848-1906)
Les magistrats angevins et la parenthèse républicaine de 1848
Louis-Napoléon et la magistrature : la victoire de l'ordre restauré
(1949-1852)
De la Défense nationale à l'Ordre moral : la valse-hésitation judiciaire
Des magistrats au chevet de la "République des ducs" (1875-1879)
La fronde judiciaire angevine face aux décrets anti-congréganistes de
1880
" Délivrez-nous de la réaction ! " : l'Anjou, la République conquérante
et ses juges
VERS L' AVENEMENT DE " NOUVELLES COUCHES " JUDICIAIRES ? LE PALAIS AU
CARREFOUR D' UNE RECOMPOSITION DES ELITES (1879-1906)
Entre ouverture sociale et promotion républicaine : une magistrature
provinciale renouvellée
De la sélectivité sociale à la légitimité des savoirs : méritocratie et
professionnalisation
La magistrature " fin de siècle " ou l'identité professionnelle du juge
en mutation
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