L'exécution
publique à Paris au XVIIIe siècle : Une histoire des rituels judiciaires.
Pascal BASTIEN.
Champ Vallon, 2006, collection Epoques, 272 p., 24
€.
ISBN :
2876734338
En vente en librairie.
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Présentation
Après
avoir lu une dernière fois l'arrêt de mort, le greffier s'approche de la
croix de Saint-André où le condamné est attaché. Il lui demande si de
dernières déclarations restent à faire puis, en réponse à son silence,
fait signe au bourreau que le temps est venu. La barre de fer s'abat, le
corps est brisé. L'échafaud et le feu qui consumera le corps désarticulé
offrent à la foule le spectacle de la justice. L'exécution publique à
l'époque moderne a souvent été décrite par l'historiographie comme un
théâtre de peur, de violence et d'obéissance selon Michel Foucault et
les historiens qui s'en sont inspirés, elle réparait sur le corps du
condamné la souveraineté divine et humaine blessée par le crime.
Pourtant, les rituels judiciaires du châtiment s'inscrivent clans une
réflexion plus large, plus complexe sur le droit et la morale : ils
constituèrent un dialogue constant, voire une négociation, entre le
justiciable et l'homme de loi. L'objet de ce livre est de reconstituer
ce dialogue. Au carrefour des paroles, des écritures et du spectacle,
Pascal Bastien entend expliquer les rituels de l'exécution dans le Paris
du XVIIIe siècle bourreaux, condamnés, greffiers et confesseurs
partagèrent et échangèrent, avec la foule et les magistrats, un "
savoir-dire " du droit qu'on aurait tort de réduire trop simplement à la
potence ou au bûcher. Hors des tribunaux, où la procédure était tenue
secrète jusqu'au droit révolutionnaire, l'exécution publique fut un
moyen de communiquer le droit par une mise en mots et en images du
verdict. Elle fut aussi un instrument dynamique et efficace du lien
social entre l'État royal et ses sujets-, de fait, la peine devint au
XVIIIe siècle l'espace et l'instant d'un nouveau jugement, celui des
justiciables à l'égard de leur justice. Plus que le châtiment à
proprement parler, il s'agit ici de reconstituer et d'analyser les
différentes articulations du spectacle de la peine à Paris au XVIIIe
siècle. De la circulation des arrêts imprimés à la marche du bourreau
dans la ville, et des mots du greffier lancés à la foule à ceux du
confesseur consolant le condamné, l'exécution publique se révèle comme
un événement capable, malgré ses contradictions internes, d'assurer une
profonde cohérence à l'imaginaire judiciaire qu'elle participait à
créer. Ce fut dans les rues de la ville que le Parisien attendait,
espérait, consentait ou contestait la justice du roi.
Né eu 1974, Pascal Bastien est professeur
d'histoire moderne à l'Université du Québec à Montréal.
Table des matières
DU DROIT AU JUSTE : PRATIQUE ET RHETORIQUE DES
ARRETS CRIMINELS
Un acte juridique
Les techniques de publicité
L'évolution narrative des jugements criminels
Arrêt sur images : l'estampe volante et l'iconographie judiciaire
Négocier le droit de punir
DE LA LECTURE A L'ECRITURE : PARCOURIR LA LITTERATURE DE TEMOIGNAGE
Le droit et le tragique
Appel à témoins
Ecrire l'exécution : la méthode de travail des journaux d'évènements
Du fait divers au fait d'histoire ? Ce qu'on peut lire dans les journaux
d'évènements
LA CONSTITUTION DU RITUEL : ESPACE CEREMONIEL ET REPERTOIRE GESTUEL
DE L'EXECUTION PUBLIQUE
Un rituel sacrificiel ? Un court survol historiographique
Les faux-semblants d'un rituel
Les peines
Le parcours infamant au fondement de l'exécution
PEINE ET PENITENCE : LES RITES DE PASSAGE DE L'EXECUTION PUBLIQUE DES
CHATIMENTS
Le bourreau et la contagion infamante
L'infamie pénale
Pénitence et peine capitale
LES MIGRATIONS DU SACRE JUDICIAIRE
Le rituel d'Etat d'un roi absent
Contester la justice du roi
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