Du droit de Dieu au droit de l'Homme.
Marie-France RENOUX-ZAGAME.
Paris : PUF, 2003, Coll.
Léviathan, 324 p., 32
€..
ISBN : 2 13 050987 8
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Présentation
Comment comprendre
que, dans la réflexion juridique et politique française des Temps
Modernes, le cheminement, désormais bien connu, qui conduit d'un droit
ancré en Dieu à un droit fondé sur l'homme, passe par le resserrement
des liens que la pensée politique chrétienne a accoutumé les esprits à
nouer entre Dieu et le pouvoir de commander les hommes ?
Dans la figure de l'Etat que
dessinent les hommes de droit en France, c'est d'abord par les voies
judiciaires qu'est assuré le lien à Dieu qui lui permet d'assurer la
fonction d'instrument du salut que depuis toujours ils lui assignent.
Mais l'Etat ainsi pensé demeure‑t‑il le même lorsque, au traditionnel
droit divin des juges, s'ajoute le droit divin d'un monarque qu'il faut
tenir pour désigné par Dieu lui même ? Parce qu'elle est désormais
l'unique canal entre Dieu et la communauté politique, la personne du
souverain tend à absorber en elle la source divine, à laquelle elle est
censée renvoyer. A maints égards, la mutation que Domat propose
d'introduire dans les liens qui rattachent les lois humaines à la Loi
divine, répète pour le droit celle qui marque l'attache à Dieu du
pouvoir de commandement. Ici aussi, c'est d'une radicalisation des
convictions traditionnelles que surgit l'exigence de formes nouvelles :
pour contraindre le juge à juger comme Dieu même jugerait, il faut
donner à toutes les lois humaines, le même statut*que la Loi qui exprime
cette volonté. Alors que, auparavant, il n'était que visé à travers et
au delà d'elles, le fondement divin est intégré au corps des lois
humaines. Un Dieu faussement présent, et définitivement absent, prend
ainsi la place du Dieu à la fois présent et absent, du "Dieu caché", qui
était la donnée fondamentale à partir de laquelle les esprits pensaient
la nécessaire attache du droit au divin. Mais cette présence
institutionnalisée est‑elle autre chose que le moyen de son absence ? Ce
sont tout à la fois les formes traditionnelles de cette présence de Dieu
au droit, et les mutations qui, en paraissant les prolonger, les
modifient radicalement et permettent de passer du droit de Dieu au droit
de l'homme, que ce livre tente de cerner.
Marie‑France Renoux‑Zagamé
est professeur d'histoire du droit à l'Université Paris I
Panthéon‑Sorbonne. Ses travaux portent pour l'essentiel sur l'histoire
de la pensée juridique à l'époque moderne.
(texte de la quatrième de couverture)
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