Présentation
Faisant suite à l'Histoire du Barreau de
Lyon sous la Troisième République parue aux Editions Aléas en 1995,
cette histoire du Barreau lyonnais sous l'Occupation et à la Libération
prolonge la démarche originale lancée par l'Ordre des Avocats de la Cour
d'appel de Lyon en 1991. Pour une profession qui cultive amoureusement
le secret, en même temps que l'auto-célébration, la décision d'ouvrir
les archives de l'Ordre et de les soumettre au regard extérieur et sans
complaisance d'une historienne du droit constitue, en effet, une
attitude pionnière. Plus encore lorsque la profession lui demande
d'étudier le comportement de ses devanciers au cours des années sombres
de l'Occupation et des années agitées de la Libération.
La légende professionnelle exalte, sans
aucun doute avec raison, quelques avocats, figures résistantes
incontestables. Mais elle tend à conserver un silence prudent sur le
comportement collectif des professionnels et plus encore sur les choix
arrêtés par leurs représentants, Conseil de l'Ordre et Bâtonnier.
Confrontée à la législation professionnelle de Vichy, mais aussi à sa
législation antisémite et xénophobe, et encore à sa législation de plus
en plus liberticide au fil des ans en matière pénale, la profession
d'avocat a traversé au cours des années sombres bien des épreuves.
Celles-ci permettent de mesurer l'étendue de son intelligence avec
Vichy, mais aussi de dater les moments décisifs de son détachement par
rapport au régime de Vichy né de la défaite.
Ni meilleur, ni pire que bien d'autres
Barreaux français, celui de Lyon a attendu que passe la tourmente, non
sans s'efforcer de retirer de Vichy, ce régime inattendu et par certains
aspects providentiel, de nombreux avantages corporatistes. La Libération
n'a pas mis fin aux tribulations de la profession d'avocat.
Inévitablement présente sur le théâtre de l'épuration judiciaire,
soumise elle-même à une épuration de ses membres compromis dans la
collaboration, elle a contesté alors, à la faveur de la liberté
retrouvée, avec une vigueur qui lui avait fait défaut pendant
l'Occupation, les procédures extraordinaires auxquelles elle devait, une
nouvelle fois, apporter son concours. Dix ans de tourmente politique et
judiciaire permettent de conclure que l'amour de la liberté, affiché par
la profession d'avocat, n'est pas si fort qu'il ne puisse pas connaître
d'éclipse lorsque le pouvoir s'affiche ostensiblement comme un pouvoir
autoritaire...
Catherine Fillon est Maître de
conférences en Histoire du droit à l'Université Jean-Moulin Lyon III.