
Aboutissement d’un
affrontement séculaire entre l’Eglise et l’Etat fait de querelles de
pouvoir, de domination puis de concordats, la loi de séparation de 1905
a finalement donné à l’Eglise la liberté. Elle ferme le long chemin
parcouru depuis la distinction médiévale du spirituel et du temporel et
la naissance de l’esprit laïque, la collaboration de l’Eglise avec la
monarchie absolue, la rupture révolutionnaire, la laïcisation du droit
et la Constitution civile du clergé, puis les accords avec l’Empire. La
loi de séparation est, plus qu’un texte technique une loi de société qui
en traduit les grands changements, tant sur le plan des mœurs que sur
celui des croyances et des comportements individuels et collectifs. Au
moment où elle fut votée, la séparation était devenue acceptable et la
loi a pu être présentée comme un compromis qui ménageait l’Eglise.
La commémoration du
centenaire de sa promulgation fera l’objet de nombreuses manifestations
parmi lesquelles ce colloque s’identifiera en demeurant dans une
perspective historique et en mettant l’accent, plus que sur les aspects
institutionnels et techniques de la loi, sur les hommes de la
séparation, sur ceux qui en ont été les auteurs, directs ou
indirects, et ceux qui en ont été les acteurs, volontaires
ou involontaires.
Une autre singularité
de ce colloque est qu’il est le fruit d’un rapprochement entre une
Université catholique et une Université d’Etat et que ses journées se
dérouleront à la Faculté libre de Droit et à la Faculté de Droit de
l’Université de Lille II. Ses organisateurs souhaitent vivement que leur
collaboration puisse s’élargir à d’autres confessions et disciplines
autour des deux thèmes suivants.
I. Du débat d’idées au
vote de la loi
La séparation a été
préparée de longue date et elle s’est précipitée sous la République
opportuniste par un certain nombre de mesures qui ont accentué la
laïcisation touchant l’école, les congrégations religieuses, proclamant
la neutralité confessionnelle. Elle a suscité de profonds conflits de
personnes et vu s’affronter des familles de pensées opposées, voire des
idéologies incompatibles entre elles. Elle a été votée dans un climat
passionné, après de longs débats qui ont retracé toute l’histoire des
relations entre l’Eglise et l’Etat en France, elle fut jalonnée de
plusieurs projets qui ont traduit la diversité d’attitudes de ses
auteurs, dont certains n’ont pas manqué de faire sentir leurs
hésitations. Elle a été, de la part de ses opposants vivement combattue
tandis que ses promoteurs principaux, Aristide Briand en tête qui en
rapporta le projet à la Chambre, la voulait une loi d’apaisement, ce que
certains catholiques comprirent d’ailleurs et admirent dès son adoption.
C’est tout ce débat
d’idées jusqu’au vote de la loi que les organisateurs du colloque
voudraient restituer en le replaçant dans le contexte théologique,
politique, culturel et judiciaire de la France, en exprimant les
positions de la théologie catholique et protestante, le point de vue du
judaïsme, les sensibilités des milieux politiques et la voix des
différentes composantes de la société. Certaines des personnalités qui
ont participé ou animé tous ces courants de pensées sont connues,
d’autres moins, en province surtout. C’est sur celles-là qu’il faudrait
mettre l’accent, sans négliger pour autant les meneurs d’opinion dont
l’historiographie a renouvelé l’image.
II. Au lendemain de la
loi : application et réactions.
Votée le 3 juillet 1905
à la Chambre des députés par une majorité plus forte que celle que l’on
attendait et au Sénat le 6 décembre suivant, la loi de séparation a été
promulguée le 9 décembre. Elle s’est appliquée dans la France
métropolitaine et dans les colonies, en laissant intacte l’exception de
l’Alsace-Moselle, et pour cela elle a mis en mouvement les forces de
l’ordre et l’appareil judiciaire, les magistrats du parquet comme ceux
du siège ainsi que la justice administrative.
Ce sera une autre
particularité de ce colloque que de mettre spécialement la justice
en évidence à l’occasion de l’application de la loi à travers la
jurisprudence et surtout les réactions des magistrats, des auxiliaires
de justice et des membres des juridictions administratives.
Réactions de la société
civile également, hostiles ou favorables. Certains ont lutté
d’arrache-pied pour en freiner l’application, d’autres l’ont lue de
façon positive. La nouvelle loi était sans doute le meilleur moyen de
garantir la liberté de conscience inscrite dans l’article 10 de la
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Pour certains
catholiques français, elle était un soulagement, sauf sur le plan
financier, puisque l’Etat renonçait à contrôler le clergé. Peut-être
engendra-t-elle une certaine renaissance religieuse, comme en témoigne
le nombre impressionnant de conversions retentissantes qui la suivirent,
comme celles de Huysmans, de Claudel, de Péguy ? Elle a, en tout cas,
ouvert une ère nouvelle qui s’est prolongée jusqu’à nous…

Madame Sylvie
Humbert
Faculté Libre de Droit
60 boulevard Vauban
BP 109
59016 Lille cedex
sylvie.humbert@icl-lille.fr
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